La Monusco peut-elle réellement quitter la RDC ?

Un « cours abrégé de réparation de véhicules » donné par le contingent indien de la Monusco à Museneni, en territoire de Lubero. (MONUSCO/Force)

Vingt ans. Le 30 novembre dernier, cela faisait très exactement deux décennies que l’opération de maintien de la paix des Nations-Unies en RDC avait vu le jour. Personne n’a, pourtant, eu le coeur à célébrer cet anniversaire.

Depuis le 22 novembre, la Monusco fait face à une contestation populaire d’une rare ampleur dans le Nord-Kivu. Le 25 novembre, un de ses camps, dans le quartier de Boikene, à Beni, a même été en partie détruit par des manifestants. Ces derniers accusent la mission de passivité, voire, pour les plus critiques, de complicité lors des massacres de civils de ces dernières semaines.

Le Baromètre sécuritaire du Kivu (KST) a en effet recensé la mort d’au moins 123 civils du fait des groupes armés depuis le 5 novembre sur le territoire de Beni. Dans leur immense majorité, ces exactions ont été commises par les Forces démocratiques alliées (ADF, rébellion islamiste d’origine ougandaise), vraisemblablement en représailles à « l’offensive d’envergure » lancée le 30 octobre par l’armée congolaise.

Au cours de ces violentes manifestations, des casques bleus ont même ouvert le feu, tuant au moins un civil qui, selon la mission, « s’apprêtait à lancer un cocktail molotov ». Une enquête a été ouverte, mais cet épisode a contribué à radicaliser encore la contestation. Elle a même gagné plusieurs grandes villes : des rassemblements ont été organisés par des mouvements citoyens tels que la Lucha, à Goma et Kinshasa, demandant à la mission d’onusienne de partir, si elle n’était pas capable d’agir contre les massacres. Au total, le KST a pu recenser la mort d’au moins 15 personnes dans les manifestations récentes à Beni et Butembo.

La confiance des Congolais dans les capacités de la mission à assurer leur sécurité s’est en réalité érodée ces dernières années. A la question « avez-vous confiance en la Monusco pour assurer la sécurité de votre quartier/village ? », seuls 15% des Congolais interrogés en décembre 2018 par Peacebuildingdata.org répondaient « oui » (et même 14% pour les habitants du Nord-Kivu). Cela représente une chute de 11 points par rapport à 2015. 

Mais la crise de confiance actuelle survient au moment crucial où l’avenir de la mission est en discussion au siège des Nations-Unies : son nouveau mandat doit, en effet, être adopté avant le 20 décembre prochain. Son budget, qui fut longtemps le plus important au monde pour une opération de maintien de la paix (il a atteint 1,45 milliards de dollars en 2013-2014), est redescendu à 1,01 milliards de dollars, notamment du fait de la réduction du financement de l’ONU par les Etats-Unis. La Monusco est désormais moins bien financé que la Minusma au Mali, ou encore la Minuss au Soudan du Sud. 

En mars, le Conseil de sécurité n’avait renouvelé la mission en RDC que pour neuf mois, contre douze habituellement. Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves le Drian, avait même affirmé que ce mandat écourté devait servir à envisager son « désengagement progressif ». Entre temps, une revue stratégique de la mission a été conduite par le diplomate tunisien Youssef Mahmoud. Son rapport, dont les conclusions ont été dévoilées par l’AFP préconise un retrait de la mission dans un délai de trois ans. 

Se pourrait-il que, de New-York à Beni, une conjonction d’intérêts de frustrations diverses conduise à la fin précipitée de l’opération ?

Certains membres de la mission sont en tout cas démoralisés tant ils ont l’impression de faire figure de bouc émissaire. La Monusco n’est pas à l’origine de la nouvelle spirale de violences, souligne-t-on, et ce d’autant moins que les Forces armées de la RDC (FARDC) ne l’ont pas associée à la planification de leurs opérations contre les ADF.

Le 1er décembre, lors de sa visite dans l’Est du Congo, le chef des opérations de maintien de la paix de l’ONU Jean-Pierre Lacroix a même affirmé que les attaques contre la mission ont été « préméditées, organisées et financées » et réclamé « des enquêtes sur tout ce qui s’est passé ».

Qui les aurait orchestré ? Sous couvert d’anonymats, certains membres de la mission assurent au KST que des membres de l’armée congolaise ont contribué à attiser la contestation contre elle, y compris en transportant des manifestants. Le KST a pu constater que certains responsables militaires congolais relaient des messages hostiles aux casques bleus. 

Dans quel but ces officiers auraient-ils cherché à attiser l’hostilité contre la Monusco ? Faire de la Monusco le centre des critiques pourrait d’abord faire passer au second plan leur propre responsabilité. Ensuite, la plupart des chefs toujours en poste à la tête de l’armée congolaise ont été nommés par l’ancien président Joseph Kabila, lequel avait exigé le départ de la Monusco avant 2020. Certains des officiers congolais sont par ailleurs eux-mêmes sous sanctions des Nations-Unies comme le général Muhindo Akili Mundos, aujourd’hui commandant de la 33e région militaire (Sud-Kivu et Maniema). Et, selon une source onusienne haut placée, le ministre de la Défense, Aimé Ngoy Mukena (un proche de l’ancien président Kabila), n’a toujours pas signé le nouvel accord de coopération entre les FARDC et la Monusco qui lui est proposé, alors que le précédent a expiré en juillet. 

Cela n’efface toutefois pas complètement les responsabilités de la Monusco. Les attaques des ADF contre les civils pouvaient, en effet, être anticipées. Ce groupe armé avait déjà employé cette stratégie lors des précédentes offensives, comme en 2014 (à l’époque, 345 civils avaient été tués en trois mois). Or le mandat de la Monusco définit la protection des civils comme l’une des deux priorités de la mission (avec le soutien aux institutions congolaises)

Les troupes engagées sur le terrain, dans le territoire de Beni, ne semblent en réalité mal adaptées à cette mission. Il s’agit, pour l’essentiel, des quelques 3000 soldats malawites, sud-africains et tanzaniens de la Brigade d’intervention de la Force de la Monusco (FIB), une force de combat plus que de protection des civils. Celle-ci avait vu le jour en 2013, pour mettre en déroute les rebelles du Mouvement du 23 mars (M23), lesquels opéraient comme une armée régulière. Selon plusieurs sources diplomatiques, elle était portée par la volonté des Etats d’Afrique australe de lutter contre l’influence rwandaise dans les Kivus.

La FIB doit aujourd’hui faire face à un ennemi totalement différent, utilisant des techniques de contre-insurrection. Selon le rapport de la revue stratégique, elle rencontre aussi des « problèmes majeurs liés au commandement et au contrôle unifiés, au renseignement, à l’analyse, à la planification et à la coordination ».

Ces troupes ont en outre connu de lourdes pertes dans le territoire de Beni ces dernières années : 15 casques bleus ont été tués lors de la bataille de Semuliki, en décembre 2017. Puis lors de leur dernière offensive contre les ADF, en novembre 2018, 8 casques bleus sont à nouveaux tombés. Conséquences : malgré les instructions du commandement de la force, les patrouilles de la FIB, qui dispose de son propre commandement avec à leur tête le général sud-africain Patrick Dube, se seraient faites plus timorées, y compris dans les villes du Grand Nord-Kivu. 

A cela s’ajoute le fait que la crise s’est déroulée en pleine transition à la tête de la force de la Monusco : après le départ de son commandant, le Brésilien Elias Martins, elle s’est retrouvée sans chef. Le nouveau commandant adjoint, le général Français Thierry Lion, arrivé à son poste à la même période, a donc dû assumer une double fonction. Cette situation devrait toutefois prendre fin rapidement : un nouveau commandant de la force, le Brésilien Ricardo Augusto Ferreira Costa Neves, a été nommé le 3 décembre.

Comment la mission peut-elle sortir de l’ornière ? Après les manifestations de Beni, le bureau de la cheffe de la mission, Leila Zerrougui, a sollicité une réunion avec les plus hautes autorités congolaises. Elle s’est tenue sous la forme d’un Conseil national de sécurité, le lundi 25 novembre à Kinshasa, avec le président de la république, ses ministres, et plusieurs généraux congolais. Celui-ci a décidé de la reprise « d’opérations conjointes » entre la Monusco et les FARDC. Mais au-delà de l’effet d’annonce, qui a pu contribuer à calmer les manifestants, il reste difficile de cerner les mesures concrètes que cela recouvrira.

Depuis, la mission onusienne communique en tout cas sur le soutien qu’elle fournissait déjà aux FARDC, notamment avec des vols de reconnaissance et des évacuations des blessés. Elle pourrait augmenter son soutien logistique aux soldats congolais mais seulement dans une certaine mesure : son budget est déjà en déficit de plusieurs millions de dollars selon le bureau de la représentante spéciale secrétaire générale. 

Des réunions de « planification » conjointes entre les officiers de la Monusco et FARDC se sont aussi tenues dans le territoire de Beni. La Monusco a annoncé des arrestations de combattants dans le cadre de « patrouilles de combat » conjointes avec les FARDC. Mais sa participation aux affrontements avec les ADF, au sol comme dans les airs, reste pour le moment exclue selon plusieurs sources diplomatiques. Plusieurs responsables onusiens jugent en effet l’opération des FARDC inefficace et mal préparée. Et ils redoutent de se retrouver solidaire d’éventuelles exactions. 

Dans ce contexte, une option pourrait être de suspendre les opérations contre les ADF, le temps d’établir une nouvelle stratégie commune entre les FARDC et la Monusco. Seul le président Félix Tshisekedi pourrait prendre une telle décision. Mais il n’est pas certain que les chefs militaires congolais soient d’accord. Surtout, cela risquerait d’apparaître, aux yeux de la population, comme un recul particulièrement dommageable pour l’image du président qui s’était engagé à éradiquer les ADF avant la fin de l’année. 

Plus fondamentalement, il existe une divergence de fond entre ce que les Congolais attendent de la Monusco, et ce que celle-ci peut et veut faire. Le président Tshisekedi, qui souhaite le maintien de la Monusco, réclame le renforcement des capacités militaires de la mission. De même, dans la société civile, la Lucha réclame à la Monusco « d’agir ou de partir ». L’opposant Martin Fayulu et le prix Nobel de la paix, Denis Mukwege, tous deux favorables à la présence onusienne, demandent pour leur part une intervention militaire dans le territoire de Beni sur le modèle de l’opération européenne Artémis en 2003 dans l’Ituri. L’idée sous jacente de ces attentes, c’est qu’une offensive militaire musclée pourrait rapidement éradiquer les ADF.

A l’inverse, plusieurs responsables de la Monusco interrogés par le KST estiment que la Monusco n’est « pas là pour faire la guerre » et que l’usage de la force ne peut être utile qu’en complément d’initiatives politiques et diplomatiques. Dans son rapport « l’art des possibles : le nouveau mandat de la Monusco » (en anglais) le Groupe d’études sur le Congo avait recommandé « la construction d’une stratégie politique viable pour la protection des civils en zone de conflit ».  De même, la récente revue stratégique indépendante affirme qu’« aucune solution militaire ne permet de résoudre les multiples crises empoisonnant la République démocratique du Congo ». « Les attentes irréalistes et les solutions à court terme [pèsent] sur la Mission et [permettent] aux parties prenantes congolaises, sans s’en rendre compte, de négliger la responsabilité qui leur incombe dans le traitement des causes du conflit, dont beaucoup résultent de déficits de gouvernance locaux » écrivent encore les rapporteurs.

Ce texte propose même le retrait de la FIB, notamment pour souligner que la « neutralisation de ces groupes est une obligation souveraine qui incombe à l’armée nationale ». Ou, qu’en cas de renouvellement de cette force, celle-ci ne soit pas maintenue plus d’un an. 

Ces propositions sont désormais sur la table du conseil de sécurité de l’ONU. Un retrait en moins de trois ans, paraît difficilement concevable : même en cas de décision en ce sens, sa réalisation prendra du temps. La RDC reste par ailleurs touchée par une épidémie de maladie à virus Ebola, qui risque d’être relancée par les récentes attaques contre la Monusco ainsi que les agents de la « riposte » comme à Mangina, le 27 novembre. 

Il est en revanche possible que le Conseil de sécurité réclame la planification de ce retrait. Selon une source diplomatique, les Etats-Unis, notamment souhaitent qu’un calendrier de départ soit adopté.

Après la mort d’au moins 77 civils, la stratégie de l’armée congolaise contre les ADF en question

Soldat de l’armée congolaise dans le Nord-Kivu, en 2012. (MONUSCO/Sylvain Liechti)

Ce billet de blog a été mis à jour lundi 25 novembre 2019 pour rendre compte d’une nouvelle attaque à Beni, portant le bilan à 77 civils tués.

«Serons-nous les prochains ?» Les habitants du territoire de Beni ne peuvent plus s’endormir sans se poser cette effrayante question. Ces deux dernières semaines, aucune nuit, ou presque, ne s’est terminée sans massacre de civils, dans cette région du Grand Nord-Kivu. Dix personnes tuées à Kokola le 5 novembre, 15 à Mbau la semaine suivante, 20 à Mavete et Beni le 19 novembre… En tout, le Baromètre sécuritaire du Kivu (KST) a pu documenter la mort de 77 civils dans des exactions des Forces démocratiques alliées (ADF). Sur une période si courte, c’est inédit depuis la vague de massacres de fin 2014, au cours duquel 345 personnes avaient été tuées en l’espace de trois mois dans le territoire de Beni.

Toutes ces exactions sont survenues sur la route entre Beni-ville et Eringeti, l’axe le plus peuplé de la région. De ces localités, on entend, au loin, les combats que mènent les soldats de l’armée congolaise à l’arme lourde, contre cette rébellion islamiste d’origine ougandaise. Mais ce sont des voisins que l’on retrouve morts au petit matin, le plus souvent tués à l’arme blanche.

Selon l’armée congolaise, pourtant, la « grande offensive » lancée le 30 octobre contre les ADF a tout d’un succès. Sa communication, reprise par les médias congolais faute de source alternative, fait état d’avancées importantes dans le « triangle de la mort », entre Eringeti, Mbau et Kamango. A l’en croire, les camps des ADF de Vemba, Kadou, Kididiwe, Karwamba, Mabeto, Mayangose, Bahari, Chochota ou encore Mapobu ont été repris.

De fait, le KST a pu confirmer la conquête de certains d’entre eux, dont celui de Mapobu, qui était l’une des principales bases de cette rébellion (voire carte ci-dessous), au cours d’offensives qui ont coûté la vie à au moins 19 soldats congolais. De même, la mort d’un des chefs des ADF, présenté comme « Mzee wa Kazi » par l’armée congolaise, paraît crédible. L’analyse de trois photos différentes de sa dépouille obtenues par le KST laisse penser qu’il s’agit en réalité de Nasser Abdu Hamid Diiru alias Kikute, le commandant en second du camp Mwalika.

Organigramme extrait du rapport du Groupe d’étude sur le Congo « Les ADF vus de l’intérieur », de novembre 2018.

Les avancées sont-elles le signe d’une victoire militaire prochaine ? Un indicateur notamment, fait douter de l’affaiblissement réel des ADF : le nombre de combattants neutralisés. Le KST n’a pu confirmer la mort que de 7 d’entre eux. Certaines photos de la prise de Mapobu montrent quatre corps supplémentaires. Le chef de l’opération, le général Jacques Nduru Chaligonza, a pour sa part annoncé, le 8 novembre, que ses hommes avaient tué 25 combattants ennemis. Mais les FARDC se refusent depuis à annoncer un bilan complet.

Quelle que soit la source, les pertes enregistrées par les ADF paraissent relativement minimes. Dans leur dernier rapport, les experts de l’ONU estimaient en effet que cette rebellion disposait d’entre 790 et 1060 éléments, répartis entre leurs différents camps.

« L’ennemi mène des combats retardataires : ils engagent peu de combattants à chaque fois et cherchent seulement à ralentir notre progression afin permettre au noyau dur de fuir », reconnaît un officier de l’armée congolaise.

Selon cette source, les attaques menées par les ADF contre les civils auraient pour but de faire reculer les FARDC vers les zones urbanisées et de les détourner ainsi de leurs objectifs. « Mais nous avons compris cette stratégie, poursuit-elle. C’est pourquoi nous continuons notre progression vers l’intérieur. » Dans le viseur des FARDC donc, le principal camp des ADF : le « complexe de Madina ».

Carte extraite du rapport des experts de l’ONU sur la RDC de juin 2019.

Dans le cas où cette base serait conquise, cela signifierait-il la fin des ADF ? Lors des précédentes offensives, comme celle de 2014, les FARDC avaient réussi à la conquérir. Mais le territoire n’avait pas été durablement occupé et les rebelles avaient pu reprendre leurs bastions et reconstituer leurs capacités. Rien ne prouve qu’il en irait autrement cette fois. « Notre stratégie est différente, promet pourtant notre officier. Une fois que nous aurons conquis nos objectifs, nous allons consolider notre présence et occuper la zone ».

Les FARDC seront-ils capable de soutenir un tel effort dans la durée ? Certaines sources militaires annoncent que des moyens très importants ont été engagés, avançant même le chiffre, invérifiable, de 22 000 soldats présents sur le front. Il paraît toutefois peu crédible au regard des bilans humains annoncés. Par le passé, plusieurs offensives des FARDC avaient pris fin, faute de financement. Il n’est pas certain que l’Etat congolais puisse faire mieux cette fois, au vu des finances publiques. Fin septembre, seuls 3,3 milliards de dollars avaient pu être rassemblés pour le budget de l’Etat, contre 4,3 prévus à cette date. Et Kinshasa a d’autres coûteuses priorités, comme la mise en place de la gratuité de l’enseignement primaire.

Dans ce contexte, les accusations de complicités avec les ADF fleurissent. Par le passé, les autorités de Kinshasa ont régulièrement accusé les autorités locales de collusion avec cette rébellion. Mais pour l’ancien ministre des Affaires étrangères Antipas Mbusa Nyamwisi, influent dans la région, le problème vient plutôt des chefs de l’armée congolaise. « Aucune offensive ne pourra réussir tant que ces hommes, dont les méfaits ont été maintes fois démontrés, seront toujours en place », affirme-t-il au KST. Cet opposant s’était rapproché du président Félix Tshisekedi en mai dernier et avait plaidé pour la nomination de certains officiers au commandement des opérations contre les ADF, sans obtenir gain de cause. Il s’est depuis éloigné de la présidence : il affirme n’avoir plus remis les pieds au pays depuis le mois d’août.

Le coût en vies civiles de l’opération rend, en tout cas, sa poursuite difficilement soutenable à long terme. Si les massacres se poursuivent, l’opinion publique congolaise pourrait cesser de soutenir la principale offensive annoncée par Félix Tshisekedi dans l’Est du pays. Des manifestations sporadiques ont déjà eu lieu Beni, Butembo, Oicha et Kasindi. Le mouvement citoyen Lucha, qui avait livré de l’aide aux FARDC le 9 novembre, manifeste désormais pour demander des mesures de sécurisation de la population, comme à Oicha le 20. Les députés du Nord-Kivu, qui avaient appelé de leur voeux cette opération le 4 novembre, se disent désormais « vivement préoccupés » par l’évolution de la situation.

« En réalité, cette opération n’a pas été préparée, grince l’un d’eux. Elle a été faite seulement pour satisfaire le président qui s’est engagé à ramener la paix dans l’Est. Certains chefs militaires n’y ont eux-mêmes jamais cru ».

Le président Félix Tshisekedi avait en effet publiquement annoncé, le 10 octobre, l’imminence de la « dernière » offensive contre les ADF qui allait « les exterminer définitivement ». Pour ce faire, il avait notamment tenté d’obtenir le soutien de l’Ouganda. Il avait même, plus largement, tenté de constituer une coalition régionale contre les groupes armés dans l’Est, avec la création d’un état-major régional intégré à Goma.

Ses efforts ont cependant buté sur la mésentente entre Kigali et Kampala : le 25 octobre, l’Ouganda a ainsi refusé de s’associer à cette initiative. Félix Tshisekedi a bien abordé de nouveau le sujet avec Yoweri Museveni, le 9 novembre à Kampala. Officiellement, les deux hommes sont convenus « d’oeuvrer ensemble » contre « les forces négatives qui sévissent dans l’Est de la RDC ». « Mais nous ne voyons rien, sur le terrain, qui laisse penser que l’Ouganda aide les FARDC dans cette opération », assure un cadre de la Monusco.

Les FARDC sont donc seules sur le front. Et ce d’autant plus que la Monusco n’a pas été associée à l’offensive non plus. Elle ne la soutient que ponctuellement avec des vols de reconnaissance et l’évacuations de blessés – une vingtaine de soldats FARDC en ont bénéficié jusqu’à présent, selon une source onusienne.

La Monusco a également bien du mal à accomplir sa mission de protection des civils, qui est pourtant l’une des deux priorités de son mandat. « Nous essayons de mettre en place des patrouilles vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept-jours sur sept, ainsi que des barrages pour filtrer les déplacements, explique un de ses cadres. Mais il est très difficile de contrôler des individus qui se déplacent la nuit avec de simples armes blanches. Il semble même que les ADF utilisent des réseaux déjà implantés dans les villes ».

La rébellion islamiste est en effet présente dans la région depuis 1995 et a noué d’étroites relations avec certaines communautés locales. Et elle semble, de son côté, avoir minutieusement préparé l’offensive des FARDC. Aux mois de septembre et octobre, le KST avait ainsi pu observer une recrudescence d’attaques ADF contre des positions FARDC, possiblement dans le but de les intimider et de récupérer des armes. 

« On a également constaté des mouvements vers Tshabi, dans l’Ituri, laissant penser que les ADF ont mis leurs femmes et leurs enfants à l’abri », ajoute une source onusienne. Lors de certaines de leurs attaques, les rebelles ont également ciblé des communautés particulières, comme les pygmées, dont certains membres servent parfois de pisteurs à l’armée congolaise. Une famille de notable d’Oicha a également été décimée.

A ce prix, l’armée congolaise parviendra peut-être à conquérir les derniers bastions des ADF. Peut-être est-ce l’objectif qu’elle s’est fixée. Cela permettrait au pouvoir politique d’afficher des résultats. Une victoire totale sur les ADF semble en revanche difficilement concevable sans un changement de stratégie.

Entrée des troupes étrangères en RDC : pourquoi la réunion de Goma a échoué

Les représentants des armées de la région lors de la première réunion de Goma, les 13 et 14 septembre (DR/ Jonathan Kombi pour actualite.cd)

Ce billet de blog a été mis à jour lundi 18 novembre 2019 pour rendre compte des résultats de la rencontre entre Félix Tshisekedi et Yoweri Museveni du 9 novembre.

L’Ouganda ne participera pas à une nouvelle aventure des pays voisins dans l’Est de la RD Congo. Du moins, pas maintenant et pas sous la forme envisagée jusque là. 

Les 24 et 25 octobre dernier, à Goma, une réunion très attendue devait en effet acter la création d’un « état major intégré » des armées de la région (Burundi, RDC, Rwanda, Ouganda, Tanzanie) ce qui aurait pu ouvrir la voie à la participation de soldats de ces pays à des opérations contre les groupes armés dans l’Est de la RDC. Cette table ronde s’est bien tenue, en présence du chef d’Etat-major de l’armée congolaise Célestin Mbala, du chef des forces terrestres ougandaises Peter Elwelu, du chef des renseignements militaires rwandais Vincent Nyakarundi et d’observateurs de la Monusco (menés par le général français Thierry Lion, commandant adjoint de la force) et du commandement de l’armée américaine en Afrique (Africom). 

Mais la partie ougandaise a finalement refusé de signer la déclaration finale. Selon plusieurs sources militaires et diplomatiques, dont une présente à ces assises, ce refus n’est intervenu qu’au deuxième et dernier jour de la réunion. L’Ouganda n’avait pourtant pas exprimé de réticences jusque-là, ni lors de la précédente réunion de Goma, les 13 et 14 septembre, ni lors de la première journée, le 25 octobre. Ce brutal changement de position suggère un contre-ordre venu de Kampala, qui entretient des relations très tendues avec le Rwanda depuis des mois.

Selon une source militaire congolaise présente à la réunion et plusieurs sources proches de l’armée ougandaise, Kampala souhaite maintenant participer à la traque des Forces démocratiques alliés (ADF, rebellion islamiste d’origine ougandaise, présente au Congo) dans le cadre d’un accord bilatéral et refuse désormais tout accord régional. 

L’Ouganda a notamment voulu éviter un deal qui aurait permis à l’armée rwandaise d’être légalement présente en RD Congo, y compris dans la partie Sud du Sud-Kivu et dans le grand Nord-Kivu, selon une source proche du dossier. 

« L’Ouganda semble s’être rendu compte que le Rwanda allait être le grand gagnant de cette coalition, analyse une source diplomatique. Kigali aurait obtenu un vernis de légalité pour justifier la présence de ses troupes dans l’Est du Congo et étendu sa zone d’influence ».

Selon une source proche du dossier, l’Ouganda était également extrêmement irrité par l’arrivée discrète de troupes rwandaises dans l’Est du Congo ces derniers mois. Cette présence a été signalée au Baromètre sécuritaire du Kivu (KST) par plusieurs sources de la société civile, de l’armée et des autorités locales congolaises, et n’a pas été contestée par une source militaire rwandaise et une source militaire congolaise interrogées. 

Mais l’Ouganda n’était pas le seul opposant à la coalition régionale. Le Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila, majoritaire au parlement, a émis des « réserves » contre « l’entrée des forces étrangères sur le territoire congolais », estimant que cela « mènerait à un règlement des comptes entre ces forces, vue l’état de belligérance avéré qui les caractérisent [et dont] les victimes collatérales seraient inévitablement [les] populations de l’Est du pays ».

Ces dernières semaines, la société civile de l’Est du Congo s’est également élevée contre toute présence armée étrangère sur son sol. Des parlementaires, comme le député de l’Union pour la nation congolaise (UNC, membre de la coalition gouvernementale) Juvénal Munubo et le sénateur Jean-Philippe Mabaya (opposition) ont également interpellé l’exécutif en déposant des questions orales avec débat, ce qui a d’ailleurs semblé embarrasser le gouvernement : il n’a fourni aucune réponse à ces questions, ni informé officiellement la représentation nationale des négociations en cours. Pour Tshisekedi, qui a pour slogan « le peuple d’abord », pousser un projet face à une telle hostilité populaire aurait sans doute été difficile.

La création de cet état-major intégré est-elle donc définitivement abandonnée ? Pas certain.

Le président congolais Félix Tshisekedi et son homologue ougandais Yoweri Museveni ont abordé le dossier de la « sécurité dans la sous-région » lors de leur rencontre à Entebbe samedi 9 novembre.

Selon le communiqué final de la rencontre, les deux président ont décidé d’œuvrer ensemble, « y compris avec d’autres pays » pour « combattre les forces négatives qui sévissent dans l’est de la RDC ».

Selon des sources militaires congolaises et rwandaises, les armées de la région ont convenu de se réunir à nouveau dans un délai d’un mois, à une date qui reste à déterminer.

L’Ouganda semble toutefois avoir quelques cartes en main pour faire prévaloir ses conditions pour toute collaboration. Le président Félix Tshisekedi a en effet, mis en jeu sa crédibilité en s’engageant, à Beni, à ramener la paix avant la fin de l’année. Or, la « dernière offensive », contre ce groupe lancée le 30 octobre en fanfare par la seule armée congolaise (elle n’a même pas sollicité de soutien de la Monusco) semble déjà enregistrer des déconvenues. Dans la nuit du 5 au 6 novembre, au moins dix civils et six soldats congolais ont ainsi été tués dans le village de Kokola, entre Oicha et Eringeti, dans une attaque des ADF vérifiée par le KST.

« L’armée congolaise a des faiblesses structurelles qui rendent improbable un succès sans nouvelles ressources », assure ainsi un ancien cadre de la force de la Monusco. « Elle manque de forces spéciales bien formées et de renseignements. Son déficit est encore plus criant en ce qui concerne l’aviation. Elle a perdu deux de ses trois hélicoptères d’attaques Mi24 dans les montagnes des Virunga en 2017 et n’a donc plus de capacité en la matière. Quant à l’appui aérien de la Monusco, il est insuffisant. C’est pourquoi l’intervention de l’aviation et des forces spéciales ougandaise, prévue dans le cadre de la coalition, paraissait logique. Je ne serais pas surpris qu’il en soit à nouveau question à l’avenir. »

Félix Tshisekedi, qui doit composer avec les réticences de l’opinion publique congolaise et de ses alliés du FCC, les conditions des pays voisins et les faiblesses de son armée, a une marge de manoeuvre très étroite pour ramener la paix dans l’Est de son pays.

Exactions, populations assiégées, tensions régionales : que se passe-t-il à Minembwe ?

Délégation de la Monusco à Fizi, un des territoires touchés par les récentes violences, le 16 mars 2019 (Monusco / Jacob de Lange)

« Génocide ». Ce terrible mot, qui résonne dans la région des Grands Lacs plus fort qu’ailleurs, a été de nouveau lancé, le 16 octobre, comme on jette un pavé dans des eaux déjà agitées. C’est ainsi que les représentants des Banyamulenge ont décrit la situation sur les hauts-plateaux du Sud-Kivu dans un communiqué. Cette communauté d’éleveurs tutsi rwandophones, se dit visée par un plan d’extermination, orchestré par les groupes mai-mai Ebu-Ela, Aochi, Mulumba et Biloze-Bishambuke, alliés à des groupes de rebelles burundais. La situation est-elle vraiment celle-ci ? « Il n’y a pas de génocide »,  nuance une source à la Monusco. «En revanche, il y a eu un nettoyage ethnique des Banyamulenge et des autres communautés qui vivent dans la région de Minembwe ».

Depuis le début de l’année, le Baromètre sécuritaire du Kivu (KST) a pu documenter 26 incidents violents commis par des groupes armés dans la zone. Douze ont été commis par des groupes mai-mai, deux par les rebelles burundais des Forces nationales de libération (FNL) et douze par des groupes armés Banyamulenge (Ngumino et Twiganeho).

Presque tous les Banyamulenge encore présents dans la zone sont désormais regroupés à Minembwe centre, commune désertée par toutes les autres communautés. Il y aurait ainsi quelques 25 000 déplacés dans cette seule localité, selon son bourgmestre adjoint. « Nous avons perdu plus de 100 personnes et plus de 35 000 vaches, qui sont le fruit du travail de plusieurs générations », assure un notable de la communauté.

Quel est le point de départ de ce cycle de violence ? Difficile de le définir, tant il s’inscrit dans une histoire longue. Les Banyamulenge sont une communauté d’éleveurs, originaires du Burundi et du Rwanda, et arrivés avec leurs troupeaux de vaches sur les hauts plateaux du Sud-Kivu dès le XIXe siècle. Les colonisateurs belges n’ont toutefois jamais créé de « chefferie » pour ce groupe semi-nomade, à la différence des communautés voisines de cultivateurs babembe, bafuliru et bayindu.

Après l’indépendance, ils ont été la cible de haine ethnique et de discrimination. Mais certains Banyamulenge ont participé à des abus, souvent au nom de l’autodéfense. Le rejet de cette communauté s’est notamment accentué pendant la première et la deuxième Guerre du Congo, lorsque certains de ses membres ont occupé des positions militaires et civiles importantes dans les rébellions violentes et profondément impopulaires au Sud-Kivu de l’AFDL (1996-1997) et du RCD (1998-2003). Après la fin de la guerre, la plupart des rebelles banyamulenge ont rejoint l’armée congolaise, mais plusieurs petits groupes sont restés sur les hauts plateaux, en particulier les Forces républicaines fédéralistes (FRF), affirmant que leur communauté avait besoin de protection. Dans une certaine mesure, ce fut une prophétie autoréalisatrice : leur présence servait alors de justification à la mobilisation de groupes Maï-Maï.

Pour la chercheuse Judith Verweijen, de l’université de Sheffield, le récent cycle de violences est ainsi l’aboutissement d’un processus à l’oeuvre « depuis au moins quatre ans ». « Cela a commencé avec des disputes sur le pouvoir coutumier dans la zone de Bijombo et la montée en puissance du groupe armé Banyamulenge Ngumino (« restons-ici » en Kinyamulenge). Peut-être trop confiant dans ses forces, il s’est mis à taxer brutalement la population locale. Cela a accéléré le recrutement des groupes d’autodéfense de la zone et a abouti à une première vague d’affrontements en 2015 et 2016 ».

Sur ce contexte déjà tendu vont se greffer des tensions régionales croissantes. Après la  candidature très contestée du président burundais Pierre Nkurunziza à un troisième mandat, en 2015, les rébellions burundaises présentes au Congo ont connu un afflux de nouveaux combattants. Parmi elles, notamment, les FNL et la Résistance pour un Etat de Droit au Burundi (RED) – Tabara. Ces derniers sont soutenus par le Rwanda dès 2015, notamment en matière de recrutement et de formation, selon un rapport du groupe d’experts de l’ONU.

Mais cette zone devient bientôt la base d’une autre rébellion, hostile au Rwanda cette fois : le Congrès national rwandais (RNC) du dissident Kayumba Nyamwasa, exilé en Afrique du Sud. Selon un autre rapport du groupe d’expert des Nations-Unies sur la RD Congo, il s’installe dans la forêt de Bijabo, au Nord de Minembwe, et noue une alliance avec les combattants Banyamulenge Ngumino. Le même rapport indique que le Burundi sert alors de territoire de transit pour certaines de ses recrues.

Sur ce cocktail explosif arrive l’étincelle : le 21 février 2019, un Munyamulenge, Gady Mukiza, est investi premier bourgmestre de la commune rurale nouvellement créée de Minembwe. L’identité du ministre de la Décentralisation qui supervise ces réformes, Azarias Ruberwa, lui-même Munyamulenge, a contribué à accroitre la méfiance au sein des membres des communautés voisines. Pour leurs représentants, qui souvent dénient aux Banyamulenge leur nationalité congolaise ainsi que l’exercice de pouvoir local, c’est une provocation. Elle est très vite aggravée par une vague de violences commises par les Ngumino (voir graph ci-dessous).

Nombre de civils tués dans des attaques du groupe armé Ngumino

Une coalition constituée des milices mai-mai locales, appuyées par les rebellions burundaises FNL et Red-Tabara, se forme contre eux en mars, selon le député munyamulenge Moïse Nyarugabo. Selon deux sources locales (une de la société civile et une policière), cette coalition serait appuyée par des membres des forces spéciales rwandaises, notamment au travers de leurs alliés RED-Tabara. Pour Kigali, qui est en conflit avec une partie des leaders banyamulenge depuis de nombreuses années, la participation à cette opération présenterait aussi l’avantage de priver le RNC d’une base arrière. 

Deux événements documentés par le KST vont contribuer à attiser le cycle de violences qui se met en place. Le 4 mai 2019, les Ngumino assassinent le chef coutumier banyindu Kawaza Nyakwana. Cela provoque une flambée d’exactions, avec notamment des incendies de villages, jusqu’en juin. Puis, le 7 septembre, le chef Ngumino Semahurungure est assassiné dans le village de Tulambo, à plusieurs kilomètres de la ligne de front. 

Selon les sources locales précédemment citées, ainsi qu’une source militaire congolaise et une source militaire rwandaise, cette opération aurait été organisée avec l’appui, au moins en renseignement, de Kigali. Une source des renseignements de la Monusco interrogée par le KST n’a pas été en mesure de confirmer cette information, mais s’est étonné de cet assassinat « très éloignée des modes opératoires habituels des groupes mai-mai » et qui ressemble « étrangement » à l’assassinat, tout aussi mystérieux, du chef des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), Sylvestre Mudacumura.

Les Ngumino semblent en tout cas aujourd’hui affaiblis. L’essentiel des groupes armés banyamulenge encore actifs sont les Twiganeho (« défendons-nous » en Kinyamulenge), milices « d’autodéfense » qui se mobilisent traditionnellement lorsque la communauté est menacée.

La Monusco a depuis ouvert deux nouvelles bases provisoires à Minembwe. Mais un notable munyamulenge s’inquiète : « j’ai peur qu’il soit déjà trop tard et que la crise actuelle ait des conséquences irréversibles sur la coexistence pacifique des communautés dans cette zone ».

Faut-il inviter les armées des pays voisins dans l’Est de la RD Congo ? 

Des soldats ougandais pendant une formation de l’armée américaine (U.S. Air Force photo by Staff Sgt. Amy Picard / recadrée)

C’est un document de cinq pages qui fait grand bruit. Le 13 octobre, l’analyste des questions militaires (et conseiller de l’opposant Moïse Katumbi) Jean-Jacques Wondo a publié, sur son compte twitter, un document signé par le chef d’Etat major de l’armée congolaise, Célestin Mbala. Celui-ci annonce une grande offensive conjointe des armées de la région contre les rébellions dans l’Est de la RD Congo entre novembre et mai prochains.

Selon ce document, les armées burundaise, ougandaise, rwandaise et tanzanienne sont invitées à envoyer chacune un contingent de forces spéciales et de rejoindre un Etat-major intégré à Goma.

Le sujet est extrêmement sensible tant l’histoire de la présence d’armées étrangères au Congo est longue et douloureuse. Un des épisodes les plus traumatiques fut sans doute les multiples affrontements entre armées ougandaises et rwandaises à Kisangani, en 1999 et 2000, faisant des centaines de victimes civiles congolaises. En 2009, l’entrée des troupes rwandaises dans le cadre de l’opération “Umoja wetu” (“notre unité”), avait provoqué une crise politique conduisant au départ de Vital Kamerhe de la présidence de l’Assemblée nationale – ce dernier est aujourd’hui directeur de cabinet du président Félix Tshisekedi. 

Même si l’authenticité du document n’a pas été officiellement confirmée, elle est très probable. Aucune des sources contactée pour cette analyse (deux militaires et deux membres de la présidence, notamment) ne l’a démentie. Par ailleurs, deux d’entre-elles ont confirmé la tenue d’une réunion annoncée dans le document : celle des Etats-majors des pays de la région les 24 et 25 octobre à Goma.

Cependant, ce plan ne semble être pour l’instant qu’un document de travail destiné à évoluer selon une source militaire citée par RFI. Certains des détails qu’il contient sont déjà démentis par les acteurs concernés. Les officiers de la Monusco, par exemple, ne devraient pas faire partie d’un Etat-major intégré, contrairement à ce qu’on peut lire dans le document. « Juridiquement et techniquement, notre mandat est strictement national et il ne nous permet pas d’appuyer une coalition régionale, explique ainsi Florence Marchal, la porte-parole de la chef de la Monusco Leïla Zerrougui, au Baromètre sécuritaire du Kivu (KST). Ce mandat court jusqu’en décembre et seul le Conseil de sécurité peut l’amender ». Une source diplomatique indique aussi que la présence d’officiers américains n’est pas actée, contrairement à ce que suggère le document. Deux sources à la présidence congolaise assurent enfin qu’une offensive des seules Forces armées congolaises (FARDC), dirigée par le général Fall Sikabwe, devrait bientôt commencer. L’une d’elle reconnaît néanmoins que des discussions pour la constitution d’une force régionale sont en cours, même si son cadre n’est pas encore défini : elle n’exclut notamment pas que la brigade d’intervention de la Monusco accueille des troupes de nouveaux pays voisins.

Dans tous les cas, la volonté congolaise de former une coalition régionale est réelle et portée par le président Félix Tshisekedi. Après une première réunion des Etats-majors burundais, congolais, ougandais et rwandais, à Goma, les 13 et 14 septembre, le président congolais avait soutenu à la tribune de l’ONU « la création d’une coalition régionale à l’image de la coalition mondiale contre le terrorisme, pour éradiquer le fléau de l’insécurité créé par les groupes armés d’origine interne et externe. ». 

Ce projet peut-il réussir ? A première vue, il est séduisant. Une partie des groupes armés les plus actifs dans l’Est congolais, comme les Ougandais de la rébellion islamiste des Forces démocratiques alliées (ADF), les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) ou encore la Résistance pour un Etat de droit au Burundi (RED-Tabara), sont d’origine étrangère. Par ailleurs, Gitega, Kampala et Kigali sont régulièrement soupçonnés d’aider certains groupes armés dans les Kivus, se livrant ainsi une guerre par procuration. Une meilleure coopération entre tous les pays de la région est donc sans doute l’une des clés pour venir à bout des violences.

Mais il n’est pas certain que la période actuelle soit propice à une telle harmonisation. Le Rwanda et l’Ouganda sont notamment à couteaux tirés depuis février, et leurs relations ne s’améliorent pas. Après que le Rwanda a subi une violente incursion venue du Congo, le 4 octobre, certains des rebelles appréhendés ont ainsi été présenté à la presse où ils ont affirmé avoir été recrutés en Ouganda

Selon le député national de Butembo, Muhindo Nzangi, cette coalition inédite est davantage dictée par la méfiance entre les pays de la région que par une véritable volonté de collaborer. « L’idée de départ, c’était que notre armée forme une coalition avec les Ougandais pour venir à bout des ADF car, malheureusement, elle ne peut y arriver seule, assure-t-il. J’ai écrit au président pour soutenir cette idée. Tshisekedi et Museveni sont tombés d’accord. Mais le Rwanda a estimé qu’il ne pouvait laisser l’armée ougandaise en RD Congo sans contrôle. Le président Tshisekedi a donc accepté qu’il fassent aussi partie de l’opération, ce que je regrette. Enfin, pour apaiser le Burundi, qui se méfie du Rwanda, ce pays a également été invité. » Il n’est en tout cas pas certain que tous les participants soient très enthousiastes. Le document ayant fuité était, ainsi, à l’origine, contenu dans une correspondance adressée par le général congolais Célestin Mbala à son homologue burundais.

Malgré ce climat de suspicion, le plan affirme que des officiers Rwandais et Ougandais devraient partager les mêmes secteurs opérationnels au Nord-Kivu. Et dans la partie nord du Sud-Kivu ce sont les armées burundaises et rwandaises qui devraient cohabiter. Le pire des scénario – un affrontement direct sur le sol congolais entre armées étrangères – parait donc plausible.

L’arrivée de ces armées qui ont, par le passé, commis de nombreux abus en RD Congo, pourrait également susciter un sentiment d’humiliation dans la population et avoir des effets pervers, comme celui de stimuler des groupes « d’autodéfense » congolais présents sur le territoire. Ce phénomène avait notamment été observé suite à l’opération conjointe rwando-congolaise “Umoja wetu” contre les FLDR début 2009.

Une grande partie des groupes armés « nationaux » figurent par ailleurs parmi les cibles de l’opération conjointe. « Face à des armées étrangères les mai-mai vont immédiatement se coaliser, craint Nzangi. Et s’il y a des affrontements entre eux et ces contingents, il y a un sérieux risque que cela se passe très mal ».

La réunion prévue à Goma les 24 et 25 octobre pour mieux définir les contours de la coalition s’annonce cruciale.

Déposer les armes un jour, les reprendre le lendemain : pourquoi la démobilisation des rebelles ne progresse pas

Reddition volontaire d’ancien combattants rwandais au camp de Kamina, en 2002. (UN Photo/Yasmina Bouziane)

« Notre combat sera celui de vous apporter la paix. Une paix définitive, une paix nécessaire pour la stabilité de notre pays. Et [pour] cette paix, croyez-moi, je suis prêt à mourir ». Lundi 7 octobre, à Bukavu, le président congolais Félix Tshisekedi a pris un engagement ambitieux.

Son élection a, il est vrai, provoqué une vague de reddition de groupes armés et l’espoir que la paix revienne enfin dans les Kivus. Mais dans le territoire de Kalehe, à quelque dizaines de kilomètres de là, les habitants ne sont pas certains que ce chantier soit en bonne voie. Quelques jours avant le discours du président, le processus a même semblé s’inverser : Butachibera, le chef d’une milice Raia Mutomboki qui venait de se rendre à l’armée congolaise, est finalement retourné dans la brousse pour reprendre les armes. 

Dans ce cas, comme dans beaucoup d’autres, la principale raison de l’échec de la démobilisation semble être l’impréparation des autorités. « Dans les centres d’accueils, les miliciens qui se rendent n’ont accès ni à des matelas, ni des boissons, ni même de la nourriture, déplore un gradé de l’armée congolaise actif dans la zone. Nous devons recourir à la population pour leur accueil. Si nous avions les moyens de les loger, tous les groupes armés se seraient déjà rendus ! » 

La reddition manquée de Butachibera est, en effet, très loin d’être un cas isolé. En mars dernier, déjà, Ngubito, le chef des Raia Mutomboki Kabishula, s’était rendu avec 400 hommes avant de retourner dans la forêt. Le « colonel » Mayani, de l’Union des patriotes pour la libération du Congo (UPLC) a pour sa part déposé les armes, mais la plupart de ses 500 hommes ont repris le maquis fin septembre. Dans le territoire de Fizi, au Sud-Kivu en février, plusieurs centaines de combattants du groupe Mai-Mai Réunion ont, de même, repris les armes quelques jours après avoir été cantonnés. En mars, c’est l’armée congolaise qui a attaqué les hommes du “général » mai-mai Ebu Ela pourtant en train de se regrouper pour se rendre. Ils ont depuis repris le maquis et prennent part au conflit communautaire qui déchire la région de Minembwe. Un scénario similaire s’est déroulé au Kasai en février : à Kamako, la reddition mal gérée d’un groupe de miliciens Kamuina Nsapu a fini en fusillade, et 19 de ces miliciens ont trouvé la mort, comme l’avait relevé un rapport du Groupe d’études sur le Congo (GEC). Conséquence : leurs camarades se sont depuis réarmés.

Les problèmes d’encadrement des ex-combattants ne sont pas nouveaux. En 2014, déjà, Human rights watch (HRW) avait révélé que 100 démobilisés ou membres de leur famille, étaient mors de de faim et de maladie du fait des négligences du gouvernement congolais. En 2015, un budget de 85 millions de dollars avait été mis sur pied pour l’Unité d’exécution du programme national de désarmement, démobilisation et réinsertion (UEPNDDR). Mais il n’a jamais été financé.

Faute de véritable changement dans ce domaine, la crainte se fait jour que le mouvement de reddition initié par l’élection de Félix Tshisekedi ne s’essouffle et qu’une opportunité historique ne soit gâchée. 

Le président a pourtant bien demandé, dès février, à la cheffe de la Monusco Leïla Zerrougui de l’aider sur ce dossier. Mais la mise en place d’un programme a pris plusieurs mois. Selon un cadre de la Monusco, son déploiement aurait notamment pâti de désaccords au sein de la mission onusienne. « Certains d’entre-nous voulaient que le gouvernement commence par mettre de l’ordre dans ses multiples structures chargées de ce dossier : l’UEPNDDR n’a pas été redémarré par l’équipe Tshisekedi. Une unité est aussi chargée de cela au sein de l’armée. Et Tshisekedi a chargé son conseiller Claude Ibalanky de s’occuper de ces questions : il l’a nommé coordonnateur du Mécanisme national de suivi  (MNS) de l’accord de d’Addis-Abeba. D’autres pensaient que nous devions plutôt lancer un programme ad hoc au plus vite ». 

« Il y a eu des lenteurs, c’est vrai, mais cela n’est pas de la faute de la Monusco », assure toutefois Florence Marchal, la porte-parole de Leïla Zerrougui, la cheffe de la mission. 

Quoiqu’il en soit, ce programme est enfin sur le point de voir le jour. Au terme de la réunion de Félix Tshisekedi avec les gouverneurs des provinces de l’Ituri, du Maniema, du Nord et du Sud Kivu et du Tanganyika, à Bukavu le 9 octobre, la présidence a assuré qu’un « plan DDR clair doit être présenté dans les meilleurs délais ». Le Fonds pour la consolidation de la paix des Nations-Unies a débloqué une première tranche de 6 millions de dollars pour le financer, vendredi 4 octobre. Toutefois, ces fonds ne devraient concerner que les démobilisations de miliciens dans les Kasaïs et le Tanganyika. « Dans ces provinces, la situation est plus simple que dans Kivus, explique Florence Marchal. D’abord, tous les groupes armés y sont nationaux. Ensuite, ils n’ont généralement pas de revendication politique. Notre position sur ce sujet est pas d’impunité – ceux qui se rendent et qui ont commis des exactions devront faire face à la justice – et réintégration dans la vie civile, pas dans les forces armées ». 

De fait, les précédentes vagues de démobilisation et réinsertion dans les Kivus ont donné des résultats pour le moins mitigés et sont régulièrement accusées d’avoir incité à la création de groupes rebelles pour bénéficier de ces programmes. « Nous n’allons quand même pas leur donner de l’argent contre des armes, qu’ils ne livrent d’ailleurs qu’au compte goutte », pestait ainsi une autre source onusienne il y a quelques mois, au plus fort des débats internes.

Reste que pour les groupes armés des Kivus, aucun programme n’est pour l’instant prévu. Par défaut, la principale option les concernant semble donc être de les défaire militairement. Lors de l’assemblée générale de l’ONU, Félix Tshisekedi a ainsi réclamé « une MONUSCO non pléthorique, bien équipée, forte et dotée d’un mandat adapté, à l’image de la brigade d’intervention rapide qui avait jadis mis en déroute le Mouvement M23 ». A Béni, le 10 octobre, il a annoncé une ultime attaque contre la rébellion islamiste des Forces démocratiques alliés (ADF). Et il a reconnu des « échanges de renseignements » avec les pays voisins désireux d’éradiquer les rébellions qui leur sont hostiles en RD Congo.

Le chef militaire des Forces démocratique de libération du Rwanda (FDLR) Sylvestre Mudacumura, a ainsi été tué le 18 septembre, dans une opération auxquelles des membres des forces spéciales rwandaises ont pris part. Néanmoins, l’efficacité de ce type d’opération ciblée est discutable. La disparition d’un chef de groupe armé peut parfois priver les négociateur d’un interlocuteur, et réduire les chances d’obtenir une reddition des troupes. La mort de Mudacumura n’a, en tout cas, pas empêché le Rwanda de subir, le 4 octobre, l’attaque en provenance du Congo la plus meurtrière de ces dernières années. Dans tous les cas, environ 130 groupes armés sont présents dans les seuls Kivus, ce qui suggère un problème systémique. La seule voie des armes pourra difficilement le régler.

« Pour Mme Zerrougui, il ne peut y avoir de solution purement militaire, poursuit Florence Marchal. Ces opérations ne peuvent avoir pour but que de permettre des dialogues politiques s’attaquant aux les causes profondes des conflits ». A New-York, où elle était présente fin septembre, la cheffe de la Monusco a, d’ailleurs, multiplié les plaidoyers auprès de la Banque mondiale et des pays donateurs de traditionnels de la RD Congo pour permettre de mettre enfin sur pied des programmes de démobilisations plus ambitieux. 

« Il y a une volonté de leur part de soutenir les efforts, assure Florence Marchal. Les 6 millions de dollars sont importants parce qu’ils permettent de démarrer rapidement et d’entraîner d’autres bailleurs. Mais ils ne sont qu’une petite partie des sommes que nous voulons mobiliser ». Lorsque ces nouveaux programmes finiront par voir le jour, les rebelles des Kivus seront-ils toujours disposés à déposer leurs armes ?

Dans les Kivus, l’insécurité des soignants s’aggrave

En cette soirée du 15 septembre 2019, le docteur Dieudonné Manenga se détendait, en famille, à Uvira lorsque des hommes armés ont fait irruption dans son domicile. Selon les médias locaux, il a reçu plusieurs balles avant de s’effondrer devant sa femme et ses enfants

Ce drame est venu rappeler l’insécurité persistante des soignants dans les Kivus. Il y a deux ans, un de ses collègues d’Uvira, le docteur Gildo Byamungu, avait déjà été tué. En 2012, un garde du docteur Denis Mukwege (depuis devenu prix Nobel de la paix) était mort lors d’une tentative d’assassinat à son domicile à Panzi, près de Bukavu. Plus récemment, en avril 2019, le docteur camerounais Richard Mouzoko, qui travaillait pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a été abattu à Butembo. 

Parmi les soignants des Kivus, cette disparition supplémentaire a provoqué un choc. Une marche en blouse blanche a même été organisée le 20 septembre à Bukavu, la capitale du Sud-Kivu située à plus de 100 kilomètres. Son slogan ? « Protégez-nous et notre métier ! ».

« Les autorités ne nous ont rien dit de qui a fait cela et pourquoi, témoigne le docteur Blaise Omar, collègue et ami de Dieudonné Mabenga. Nous recevons des menaces en permanence par message. Nous ne nous sentons plus en sécurité ».

Pour le seul mois de septembre 2019, le Baromètre sécuritaire du Kivu (KST) a enregistré onze incidents violents visant les travailleurs de la santé et leurs matériels, ce qui en fait un record mensuel, à égalité avec février et mai 2019. 

Au total, le KST a enregistré 96 incidents visant les systèmes de santé depuis avril 2017. C’est nettement plus que le nombre d’incidents recensés par les bases de données internationales. The Aid worker security database (AWSD) n’a, par exemple, enregistré que 25 incidents contre les travailleurs humanitaires dans l’ensemble du Congo en 2017 et 2018

Les données du KST montrent, en tout cas, une très nette accélération du nombre de violences à partir du mois de novembre 2018 : depuis, on recense 6,7 incidents chaque mois en moyenne. 

Cette augmentation s’explique en partie par l’arrivée de soignants supplémentaires dans le cadre de la « riposte » contre l’épidémie d’Ebola, qui avait été déclarée en août 2018. La majorité des incidents enregistrés depuis ont, en effet, ciblé des personnels ou matériels engagés dans la lutte contre ce virus (en rouge ci-dessous).

Ces incidents liés à Ebola ont une particularité : dans la plupart des cas, ils ont été commis par des civils, ce qui souligne à quel point les communautés touchées par la maladie ont été réservées, voire hostiles, à l’égard des soignants venus d’ailleurs.

La Coordination de l’ONU pour la réponse d’urgence à l’épidémie d’Ebola, créée en juin dernier, est bien consciente de ce problème. « Nous avons été très à l’écoute des communautés locales pour essayer d’améliorer nos méthodes, assure le coordonnateur, l’Américain David Gressly, au KST. Ses membres nous ont par exemple expliqué que les escortes militaires des équipes de la riposte les effrayaient, notamment autour de Butembo. Nous avons donc changé de stratégie pour une sécurisation des zones. Le nombre d’escortes est donc passé de 60 à 15 par jour en moyenne. L’accès aux communautés s’en est trouvé amélioré et c’est en grande partie grâce à cela que le nombre de nouveaux cas d’Ebola est désormais en baisse ».

De fait, les attaques de civils contre la riposte se font plus rares ces derniers mois : le KST n’en a enregistré que deux depuis juillet 2019.

D’autres violences ont néanmoins été commises contre les soignants par des groupes armés, souvent non identifiés. Des enquêtes de presse suggèrent même que certains d’entre eux, comme l’Union des patriotes pour la libération du Congo (UPLC), ont pu mener ces attaques (le KST en a recensé deux par ce groupe armé) dans le but d’intimider la riposte afin de lui faire payer, ensuite, une protection.

L’épidémie de violence contre les soignants ne prendra pas en tout cas pas fin avec la disparition du virus d’Ebola. Le KST a enregistré une moyenne de 2,9 incidents par mois sans lien avec la riposte depuis novembre 2018, ce qui suggère une aggravation globale de l’insécurité des soignants dans les Kivus. Les groupes armés congolais ne respectent pas le droit international humanitaire et cela semble de moins en moins le cas. 

On peut souhaiter, toutefois, que l’épidémie laisse derrière elle quelques leçons quant à la manière la plus sûre d’opérer dans la région pour les travailleurs de santé étrangers. L’établissement de relations de confiance avec les habitants semble notamment central  comme le montre l’expérience de l’ONG Alima. Cette organisation, fondée au Sénégal, fait de ses liens avec les communautés locales une priorité. « Contrairement aux autres organisations internationales, plus de 90% de nos agents sont Africains, explique une source à Alima. Nous nous efforçons même de recruter au maximum dans les localités mêmes où nous opérons et de nous appuyer sur les centres de santés locaux en qui les gens ont confiance ». Cette organisation, qui compte plusieurs centaines d’agents au Nord-Kivu depuis août 2018, affirme n’avoir jamais été la cible d’attaque.

Après la mort de Mudacumura, la fin des FDLR ?

Lorsque la réunion a commencé, le jour ne s’était pas encore levé sur Rwindi-Monument. En ce 18 septembre 2019, Sylvestre Mudacumura avait rassemblé plusieurs dizaines de ses hommes, parmi lesquels certains de ses plus proches collaborateurs, dans cette localité de la province du Nord-Kivu. Pendant ses 25 années de cavale, le chef militaire des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) avait pris l’habitude de convoquer ses assemblées pendant la nuit.

Il n’est pas sorti vivant de celle-ci. Vers 5 heures du matin, cet ancien militaire hutu rwandais a été abattu pendant une offensive de ses ennemis. Fortement soupçonné d’avoir participé au génocide des tutsis de 1994, recherché par la Cour pénale internationale (CPI) depuis 2012 pour des crimes commis au Congo, il a fini sa vie à 65 ans, dans le territoire de Rutshuru, où se trouvait le dernier réduit de sa rébellion.

Les circonstances de sa mort restent mystérieuses à ce jour. Les militaires congolais l’ont-ils tué, comme ils l’ont affirmé ? A-t-il été trahi par certains de ses hommes ? Ces derniers l’ont-ils exécuté eux-mêmes pour éviter qu’il ne soit capturé ?

Certains éléments laissent penser que l’attaque ait été coordonnée avec le Nduma Defense of Congo – Rénové de Guidon Shimiray. Deux jours avant l’attaque, ses combattants ont en tout cas fait mouvement vers la zone selon des sources locales. Bien que recherché par la justice congolaise, ce chef de guerre collabore étroitement avec certains officiers de l’armée congolaise depuis plusieurs années  notamment dans le cadre de l’opération Sukola II, consacrée à la traque des FDLR. Ses troupes avaient précédemment tué d’autres commandants de ce groupe armé.

Sylvestre Mudacumura a été tué près de la  localité de Makomalehe (carte MSF)

Reste que, selon nos informations, ce ne sont pas les NDC-R qui ont tué Mudacumura. Selon deux sources militaires congolaises et deux sources de la société civile du KST, des forces spéciales rwandaises étaient par ailleurs présentes aux côtés des militaires congolais au cours de l’opération. Quel rôle ont-elles joué exactement ?

Interrogé à ce sujet par Le Monde, le président congolais Félix Tshisekedi a démenti leur présence tout en reconnaissant un « partage de renseignement » avec Kigali. Le président congolais s’est par ailleurs dit favorable à « des opérations conjointes » avec les armées de la région, mais a jugé hors de question l’octroi de tout « droit de poursuite » sur le territoire congolais.

Ces derniers mois, le KST avait toutefois déjà pu recueillir des éléments attestant la présence de forces spéciales rwandaises dans l’Est du Congo, même si celle-ci n’a jamais été officiellement reconnue. La mort de Mudacumura a, de plus, été annoncée par plusieurs sources et médias rwandais sur les réseaux sociaux avant même que l’armée congolaise n’en fasse état.

L’opération ressemble en tout cas davantage à un assassinat ciblé, menée grâce à un important travail de renseignements, qu’à une large offensive victorieuse sur les FDLR. Après la mort de Mudacumura, ce groupe armé a en effet été en mesure de continuer le combat contre les FARDC. Les militaires congolais n’ont, de surcroît, pas pu ramener le corps de Mudacumura, même s’ils ont pu capturer quatre rebelles. Présenté à la presse par les FARDC, l’un d’eux a d’ailleurs affirmé que l’objet de la dernière réunion de Mudacumura était de trouver un successeur à Ignace Murwanashyaka, le président de l’aile politique des FDLR, décédé en avril dernier.

Ce groupe armé, qui a été parmi les plus actifs dans l’Est de la RD Congo, parait aujourd’hui plus faible que jamais. La mort de Mudacumura intervient en effet après la neutralisation de plusieurs autres de leurs hauts cadres. Le chef des renseignements militaires Sophonie Mucebo, le général Leopold Mujyambere ou encore le porte-parole Laforge Fils Bazeye ont tous été arrêtés ces derniers mois. Cette rébellion ne disposerait, aujourd’hui, de moins d’un millier hommes selon les estimations des meilleurs spécialistes, contre 2000 à 2500 en 2016 selon le groupe d’experts des Nations-Unies. Les données du KST indiquent, par ailleurs, une forte décrue de leurs activités ces deux dernières années.

Nombre de victimes civiles



Nombre d’enlèvements

Nombre de kidnappings contre rançon

Faut-il pour autant en conclure à la fin prochaine de l’influence des FDLR ? Rien n’est moins sûr. La chute des activités criminelles de ce groupe a été en effet en partie compensée par la montée en puissance de certaines milices Nyatura. 

Nombre d’enlèvements par les Nyatura-Domi

Essentiellement composées de membres de la communauté hutu congolaise, ces milices ont été en grande parties formées par les FDLR et s’allient régulièrement avec elles, dans ce qui s’apparente à une nouvelle stratégie de lutte, plus indirecte, ainsi que l’explique un récent billet publié sur le blog du KST en anglais. Le Collectif de mouvements pour le changement (CMC) principale coalition Nyatura, a d’ailleurs affirmé avoir affronté la « coalition FARDC-RDF-NDCR » pendant les trois jours suivant la mort de Mudacumura et prétend leur avoir infligé de lourdes pertes. Selon des témoins oculaires, le CMC a de nouveau affronté le NDC-R près de Mweso (territoire de Masisi) le 23 septembre.

La mort de Mudacumura semble ainsi avoir remobilisé les FDLR et leurs alliés, qui se sont révélés particulièrement agressifs et imprévisibles. Elle risque aussi susciter des représailles de ce groupe armé contre les civils.

Enfin, d’autres rébellions hutu rwandaises issues de scissions précédentes avec les FDLR restent présentes dans l’Est congolais. C’est notamment le cas du Rassemblement pour l’unité et la démocratique (RUD) et du Conseil national pour le renouveau (CNRD). La menace reste considérée comme encore suffisamment sérieuse par gouvernement rwandais pour qu’elle ait contribué à sa brouille avec l’Ouganda, accusé de faciliter les contacts entre ces groupes et les groupe de dissident rwandais en exil du Congrès national rwandais (RNC).

Selon un communiqué interne, les FDLR ont par ailleurs désigné sans tarder un successeur à Mudacumura : Pacifique Ntawunguka, alias Omega. Moins directement associé au génocide que son prédécesseur, moins clivant pour la hiérarchie, il est également plus jeune et pourrait avoir à coeur de réunir les différentes rébellion hutu rwandaises.

Les nouveaux chefs de “Sukola 1” parviendront-ils à vaincre les ADF ? 

Pour l’occasion, le chef d’Etat major des Forces armées de RDC (FARDC), Célestin Mbala en personne avait fait le déplacement depuis Kinshasa. Le 29 août dernier à Béni, dans l’Est de la République démocratique du Congo, le patron de l’armée congolaise était présent pour l’intronisation du général de brigade Jacques Nduru Chalingonza (parfois orthographié Ichaligonza) comme nouveau chef de “Sukola 1”. 

Ce changement est la matérialisation des promesses faites par le président Félix Tshisekedi lors de sa visite au Nord-Kivu, en avril dernier, de relever les troupes présentes depuis “longtemps”.  Fera-t-il la différence ?

En cours depuis janvier 2014, « Sukola 1 » a pour mission de neutraliser le plus meurtrier des groupes armés présents sur le territoire congolais ces dernières années : la rébellion islamiste d’origine ougandaise des Forces démocratiques alliées (ADF).

Mais son efficacité est pour l’instant très relative. Selon le dernier rapport conjoint du Groupe d’études sur le Congo (GEC) et de Human Rights Watch, plus de 500 civils ont été tués sur le seul territoire de Béni entre juin 2017 et juin 2019. Cette région a concentré, à elle seule, 31% de tous les assassinats de civils commis dans les deux provinces des Kivus. Dans la majorité des cas, le Baromètre sécuritaire du Kivu (KST) a pu identifier les ADF comme responsables.

Cette insécurité, associée aux abus commis par les FARDC et aux accusations de complicité à leur égard, alimentent la défiance des habitants du territoire de Béni à l’égard des autorités. Le 19 août dernier, au lendemain du meurtre de deux civils à Mbau, près d’Oicha, des habitants de cette ville ont organisé une manifestation, réprimée par la Police nationale congolaise (PNC), faisant trois morts civils dont un enfant.

Le 30 août, le commandant sortant de Sukola 1, le major général Marcel Mbangu Mashita, a été hué et empêché de prendre la parole par les habitants de Béni, lors d’une rencontre au centre-ville. Son successeur, le général Nduru, a pour sa part été mis en garde par une habitante : il sera jugé sur les résultats et non sur les discours.

Issu de la communauté Hema de l’Ituri, le nouveau chef de « Sukola 1 » a été un adjoint de Bosco Ntaganda lors de la rébellion de l’Union des patriotes congolais (UPC). Il est réputé  être un militaire compétent et un proche du Front commun pour le Congo (FCC) de l’ancien président Joseph Kabila, majoritaire au parlement.

Son numéro 2 sera le général-major Peter Chirimwami, membre de la communauté Shi du Sud-Kivu. Il s’agit d’un expert des ADF : il était chargé des renseignements (T2) du premier commandant de Sukola 1, le très populaire général Lucien Bahuma, décédé en 2014. A l’époque, Chirimwami était parvenu à identifier des réseaux de recrutement des ADF dans la province congolaise du Sud-Kivu ainsi qu’en Ouganda, au Kenya et en Tanzanie. 

Par ailleurs, les neufs chefs de régiment de Sukola, dont certains sont soupçonnés de complicités avec les ADF, ont été remplacés. Plusieurs d’entre eux étaient d’anciens officier de la rébellion du RCD-Goma. Selon les informations du KST, certains de leurs hommes doivent toutefois rester présents au sein de l’opération. 

En revanche, Antipas Mbusa Nyamwisi, l’ancien chef du RCD-ML devenu conseiller informel du président Tshisekedi, a pour sa part échoué à placer certains de ses proches au sein du nouveau commandement. 

Les effectifs des régiments, souvent incomplets du fait de décès ou de la présence fictive, permettant le détournement de soldes, doivent également être renforcés, notamment par l’arrivée d’éléments des Unités de réaction rapide (URR), des troupes commandos formés aux missions spéciales.

Enfin, Sukola 1 pourrait bénéficier d’un soutien plus ferme de la communauté internationale. L’insécurité et la défiance de la population compliquent en effet nettement la riposte contre l’épidémie de maladie à virus Ebola, qui touche notamment cette région du Nord-Kivu. 

Or cette épidémie a été élevée au rang d’urgence de santé publique de portée internationale par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en juillet. La “riposte” contre la maladie dispose ainsi d’un budget de 287 millions de dollars pour la période s’étendant de juillet à décembre 2019, soit nettement plus que celui de l’armée congolaise dans son ensemble (les dépenses de défense nationale se sont élevées à 348 millions de dollars en 2018 en RDC).

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’est lui-même rendu à Béni le 1er septembre, dans le cadre de sa tournée en RDC. Selon nos informations, il y a notamment discuté de l’éventualité de la reprise des opérations conjointes de Sukola 1 et de la brigade d’intervention de la Monusco, interrompues depuis fin 2018. Il devait aussi en discuter avec le président Tshisekedi à Kinshasa le 2 septembre. Mais à ce jour, leur reprise n’a pas été décidée.

Pour que la lutte contre les ADF soit enfin victorieuse, de nouveaux moyens et un changement d’approche semblent nécessaires. Sans cela, la relève du haut commandement de Sukola 1 risque de se révéler insuffisante.

Kinshasa veut-il vraiment lâcher le chef milicien Guidon ?

Kinshasa en veut-il aux chefs miliciens de Walikale ? C’est en tout cas ce que semble s’en convaincre une majeure partie de la communauté autochtone de ce territoire du Nord-Kivu, niché à quelque 130 km de la ville de Goma. Et pour cause : l’étau judiciaire qui se resserre autour des leaders des groupes armés de cette partie du pays. Après le procès ouvert le 27 novembre 2018, à Goma, contre Sheka Ntabo Ntaberi, le chef de Nduma Defence of Congo (NDC), c’est désormais au tour de Guidon Shimirayi Mwissa, son ancien responsable des opérations devenu depuis chef de son propre groupe armé, NDC-Rénové, de se retrouver dans le viseur de la justice militaire.

« Participation à un mouvement insurrectionnel », « crime de guerre par conscription » et « crime contre l’humanité par viol ». Le mandat d’arrêt émis, début juin, à l’encontre de Guidon Shimirayi énumère ainsi les charges pour lesquelles cet ancien officier de l’armée congolaise est recherché. Le document de l’auditorat militaire supérieur près la Cour militaire opérationnelle du Nord-Kivu précise que Guidon aurait commis ces actes « pendant la période allant 2009 à 2014 » alors qu’il « travaill[ait] sous les ordres du chef de guerre Ntabo Ntaberi dit Sheka (…) », mais aussi « pendant la période allant de 2014 à ce jour ».

À Kinshasa, personne autour du nouveau chef de l’État n’a accepté s’étendre sur le sujet. Certains disent même ne « pas être au courant » de l’affaire quand d’autres nous renvoient quasi systématiquement à l’auditorat militaire du Nord-Kivu. Ce serait, selon eux, la structure compétente pour apporter des précisions sur la question. Mais est-ce ce parquet militaire a-t-il décidé seul, sans consulter les autorités nationales ? Non, si l’on en croit trois hauts responsables de l’armée proches du dossier que nous avons contactés. Pour eux, la traque des seigneurs de guerre de Walikale ne seraient qu’une première étape d’une stratégie globale : tous les autres chefs des groupes armés dans le Nord-Kivu seront concernés, nous assure-t-on.

Une garantie sans doute destinée à rassurer certaines organisations de la société civile de Walikale qui lèvent déjà la voix pour dénoncer le mandat d’arrêt émis contre le chef milicien et leader du NDC-R. En filigrane le sentiment d’injustice dans les efforts d’éradication des groupes armés nationaux : on s’attaquerait ainsi, selon elles, aux « groupes d’auto-défense » d’une seule communauté, sans inquiéter les autres milices qui pullulent dans la province. « Si Walikale a toujours résisté contre toutes les menaces extérieures visant l’extermination de ses autochtones, c’est grâce au volontariat de ses vaillants fils qui n’acceptent jamais toute forme de criminalité ou d’occupation sur la terre de leurs ancêtres », clament d’ailleurs les responsables des communautés de Walikale (Bunakima et Kano) et celui de la Coordination territoriale de la société civile (Sociwa) dans un communiqué de presse conjoint publié le 9 juillet.

Comment comprendre ce soutien apparent des organisations de la société civile locale à un chef milicien soupçonné de graves crimes ? Même si d’autres activistes locaux n’ont cessé, en revanche, de dénoncer les abus de Guidon. « Comme le gouvernement [central] a longtemps tourné le dos à Walikale – abandon caractérisé par l’absence de l’autorité de l’État dans le territoire -, les groupes armés locaux qui ont combattu les FDLR [Forces démocratiques de libération du Rwanda] sont considérés comme des libérateurs, nonobstant les crimes et autres bavures qu’ils commettent sur cette même population civile. Et Kinshasa a, pendant une période donnée, considéré lui aussi certains de ces groupes armés et les FDLR comme bases arrières alliées aux Forces armées de la RDC pour contrer les velléités du Rwanda et de l’Ouganda », tente d’expliquer un élu du territoire. « L’équipement militaire de Guidon laisse penser d’ailleurs qu’il bénéficiait d’un appui étatique », conclut-il.

D’après nos précédentes recherches, Guidon a en effet collaboré d’une manière extensive avec les FARDC dans les territoires de Lubero, Masisi et Walikale. Ce qui lui a d’ailleurs permis de monter en puissance entre 2015 et 2019. Et cette « poursuite de la collaboration entre le NDC-R et les FARDC » est détaillée de nouveau dans le rapport final du Groupe d’experts onusiens sur la RDC, rendu public le 7 juin 2019. « Des sources locales et des membres de la société civile ont indiqué que le colonel Yves Kijenge, haut-gradé du 3411e régiment des FARDC, basé dans la région de Kitchanga, aurait livré des armes et des munitions à des combattants du NDC-R », peut-on lire dans ce document.

« Un témoin a vu Kijenge remettre au moins 10 caisses de munitions à des éléments du groupe armé en janvier 2019, à Kalembe. De plus, un soldat des FARDC placé sous l’autorité de Kijenge a dit au Groupe d’experts qu’en mars 2019 sa hiérarchie lui avait donné l’ordre de ne pas s’opposer aux déplacements des combattants du NDC-R et qu’il avait récemment laissé librement passer Guidon, le chef de ce groupe armé », rapportent entre autres les experts onusiens.

Au sein de l’état-major de l’armée congolaise, l’on continue pourtant à nier tout soutien direct à Guidon. Un officier consulté persiste : « Ce qui se passait sur le terrain n’avait aucun rapport avec Kinshasa ». Pour lui, il n’y aurait donc que des complicités locales au sein des éléments de l’armée déployés dans la zone. Mais « tout le monde est justiciable », assure-t-il. Notre source, bien placée dans la hiérarchie militaire, laisse par ailleurs entendre que le mandat d’arrêt lancé contre Guidon n’est qu’une suite logique de l’audition de son ancien chef Sheka qui se trouve entre les mains de la justice militaire.

Outre cette corrélation avec l’affaire Sheka, Guidon ne s’est pas non plus fait beaucoup d’amis en tentant depuis bientôt une année d’étendre son influence au-delà de son fief de Walikale. Ces derniers mois, ses hommes se sont signalés dans des attaques dans le territoire de Masisi (où les éléments de NDC ont été souvent en cohabitation pacifique avec les FARDC) et dans le sud de Lubero. Leurs cibles : les FDLR et alliés (les Nyatura, les APLCS, …). Des offensives qui semblent perturber la situation de pré carré implicite instauré dans la région où chaque groupe armé prétend protéger sa communauté, sans jamais mettre en avant des intérêts économiques qui en découlent notamment lorsqu’il s’agit également du contrôle des carrés miniers dans des zones concernées.

Pour le moment, l’armée n’a toujours pas arrêté Guidon. Ce dernier bouge beaucoup et a été aperçu ces dernières semaines à Pinga, une localité de Walikale. Dans le coin, des soldats congolais censés exécuter le mandat d’arrêt à son encontre ferment les yeux. Mais, à Kinshasa, on assure que c’est le prévenu qui « ne se fait pas voir ». Dans son quartier général, Guidon, lui, se dit « frustré » par la tournure des événements et ne tarit pas des critiques envers la Monusco, la mission onusienne, qui, selon lui, aurait documenté des chefs d’accusation qui pèsent sur lui.

Va-t-il se rendre ? Rien n’est moins sûr. « Mais la meilleure stratégie contre les groupes armés locaux reste un programme DDR [désarmement, démobilisation et réinsertion] repensé », estime pour sa part le député Juvénal Munubo. « Le DDR doit être moins budgétivore mais efficient, en décentralisant par exemple les opérations : désarmer, démobiliser et réinsérer les ex-combattants dans leurs milieux d’origine, dans l’Est, au lieu de les placer pendant des mois à Kitona et Kamina sans une réelle réintégration », préconise cet élu de Walikale. Mais, Kinshasa ne dispose pas encore d’un nouveau programme DDR…