Pour l’occasion, le chef d’Etat major des Forces armées de RDC (FARDC), Célestin Mbala en personne avait fait le déplacement depuis Kinshasa. Le 29 août dernier à Béni, dans l’Est de la République démocratique du Congo, le patron de l’armée congolaise était présent pour l’intronisation du général de brigade Jacques Nduru Chalingonza (parfois orthographié Ichaligonza) comme nouveau chef de “Sukola 1”. 

Ce changement est la matérialisation des promesses faites par le président Félix Tshisekedi lors de sa visite au Nord-Kivu, en avril dernier, de relever les troupes présentes depuis “longtemps”.  Fera-t-il la différence ?

En cours depuis janvier 2014, « Sukola 1 » a pour mission de neutraliser le plus meurtrier des groupes armés présents sur le territoire congolais ces dernières années : la rébellion islamiste d’origine ougandaise des Forces démocratiques alliées (ADF).

Mais son efficacité est pour l’instant très relative. Selon le dernier rapport conjoint du Groupe d’études sur le Congo (GEC) et de Human Rights Watch, plus de 500 civils ont été tués sur le seul territoire de Béni entre juin 2017 et juin 2019. Cette région a concentré, à elle seule, 31% de tous les assassinats de civils commis dans les deux provinces des Kivus. Dans la majorité des cas, le Baromètre sécuritaire du Kivu (KST) a pu identifier les ADF comme responsables.

Cette insécurité, associée aux abus commis par les FARDC et aux accusations de complicité à leur égard, alimentent la défiance des habitants du territoire de Béni à l’égard des autorités. Le 19 août dernier, au lendemain du meurtre de deux civils à Mbau, près d’Oicha, des habitants de cette ville ont organisé une manifestation, réprimée par la Police nationale congolaise (PNC), faisant trois morts civils dont un enfant.

Le 30 août, le commandant sortant de Sukola 1, le major général Marcel Mbangu Mashita, a été hué et empêché de prendre la parole par les habitants de Béni, lors d’une rencontre au centre-ville. Son successeur, le général Nduru, a pour sa part été mis en garde par une habitante : il sera jugé sur les résultats et non sur les discours.

Issu de la communauté Hema de l’Ituri, le nouveau chef de « Sukola 1 » a été un adjoint de Bosco Ntaganda lors de la rébellion de l’Union des patriotes congolais (UPC). Il est réputé  être un militaire compétent et un proche du Front commun pour le Congo (FCC) de l’ancien président Joseph Kabila, majoritaire au parlement.

Son numéro 2 sera le général-major Peter Chirimwami, membre de la communauté Shi du Sud-Kivu. Il s’agit d’un expert des ADF : il était chargé des renseignements (T2) du premier commandant de Sukola 1, le très populaire général Lucien Bahuma, décédé en 2014. A l’époque, Chirimwami était parvenu à identifier des réseaux de recrutement des ADF dans la province congolaise du Sud-Kivu ainsi qu’en Ouganda, au Kenya et en Tanzanie. 

Par ailleurs, les neufs chefs de régiment de Sukola, dont certains sont soupçonnés de complicités avec les ADF, ont été remplacés. Plusieurs d’entre eux étaient d’anciens officier de la rébellion du RCD-Goma. Selon les informations du KST, certains de leurs hommes doivent toutefois rester présents au sein de l’opération. 

En revanche, Antipas Mbusa Nyamwisi, l’ancien chef du RCD-ML devenu conseiller informel du président Tshisekedi, a pour sa part échoué à placer certains de ses proches au sein du nouveau commandement. 

Les effectifs des régiments, souvent incomplets du fait de décès ou de la présence fictive, permettant le détournement de soldes, doivent également être renforcés, notamment par l’arrivée d’éléments des Unités de réaction rapide (URR), des troupes commandos formés aux missions spéciales.

Enfin, Sukola 1 pourrait bénéficier d’un soutien plus ferme de la communauté internationale. L’insécurité et la défiance de la population compliquent en effet nettement la riposte contre l’épidémie de maladie à virus Ebola, qui touche notamment cette région du Nord-Kivu. 

Or cette épidémie a été élevée au rang d’urgence de santé publique de portée internationale par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en juillet. La “riposte” contre la maladie dispose ainsi d’un budget de 287 millions de dollars pour la période s’étendant de juillet à décembre 2019, soit nettement plus que celui de l’armée congolaise dans son ensemble (les dépenses de défense nationale se sont élevées à 348 millions de dollars en 2018 en RDC).

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’est lui-même rendu à Béni le 1er septembre, dans le cadre de sa tournée en RDC. Selon nos informations, il y a notamment discuté de l’éventualité de la reprise des opérations conjointes de Sukola 1 et de la brigade d’intervention de la Monusco, interrompues depuis fin 2018. Il devait aussi en discuter avec le président Tshisekedi à Kinshasa le 2 septembre. Mais à ce jour, leur reprise n’a pas été décidée.

Pour que la lutte contre les ADF soit enfin victorieuse, de nouveaux moyens et un changement d’approche semblent nécessaires. Sans cela, la relève du haut commandement de Sukola 1 risque de se révéler insuffisante.

  1. […] en déroute le Mouvement M23 ». A Béni, le 10 octobre, il a annoncé une ultime attaque contre la rébellion islamiste des Forces démocratiques alliés (ADF). Et il a reconnu des « échanges de renseignements » avec les pays voisins désireux […]

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