Dans la première moitié du mois de mars 2019, les rebelles Allied Democratic Forces relâchent des otages, parfois avec un message oral destiné aux nouvelles autorités exécutives de la RDC. En date du 02 mars 2019, les ADF ont relâché sept hommes et sept femmes à Makembi en territoire de Beni. Le 05 mars 2019, sept femmes, une fille et quatorze hommes ont été relâchés à Mayi-Safi dans le même territoire. Le 11 mars 2019, les ADF ont relâché vingt-trois civils au village de Maselele, en les accompagnant eux-mêmes jusqu’à 12 km à l’est de Oïcha, chef lieu du territoire de Beni.  Ces retours heureux, amorcés timidement en février avant de devenir spectaculaires en mars, paraissent toutefois étranges, quand on sait que, jusqu’au mois de mars, non seulement les ADF n’avaient jamais revendiqué les attaques qui leur sont attribuées dans les villages et agglomérations de Beni mais aussi n’avaient jamais relâché leurs otages de manière aussi volontairement spectaculaire et propagandiste. Le message qu’ils entendent passer aux nouvelles autorités exécutives de la RDC va dans le sens de l’apaisement et du dialogue : ils promettraient de ne plus tuer les civils, s’ils le nouveau gouvernement les laisse libres de mouvement et d’activité comme ils l’ont été avant les massacres.

Ils souhaiteraient aussi avoir l’opportunité de dire leur vérité sur les massacres au nouveau Président de la République Félix Tshisekedi, qui était en visite à Beni du 16 au 17 avril 2019. Toutefois, à quelques jours de l’arrivée du chef de l’Etat, ils ont continué de tuer des civils, par exemple à Watalinga, où ils ont tué huit civils pendant la nuit du 11 au 12 avril 2019. De son côté, le nouveau président a laissé comprendre pendant sa visite au États-Unis qu’il cherche un soutien américain pour faire face à un groupe qu’il considère d’être lié à l’État islamique et que l’Ouganda pourrait aussi soutenir des opérations militaires en RDC.

Dans tous les cas, il y a lieu de se demander si les ADF  se  sont résolus à adopter un comportement plus pacifique pour se redéfinir un rôle différent après l’alternance politique issue des élections du 30 décembre 2018 en République Démocratique du Congo ou s’il s’agit plutôt d’une manœuvre de diversion pour essayer de desserrer l’étau des Forces Armées de la République Démocratique du Congo qui les harcèlent depuis 2014.

Pour rappel, les ADF n’ont jamais relâché les prêtres enlevés à la paroisse Catholique de Mbau la nuit du 19 au 20 octobre 2012, parmi tant d’autres otages portés disparus dans le territoire de Beni. En octobre 2014, une série de massacres leur attribués a commencé dans le territoire de Beni, dans un cafouillage qui ne permet pas d’établir clairement la responsabilité de chacun des acteurs armés présents dans la contrée. Le Groupe d’Etudes sur le Congo a déjà publié deux rapports d’enquête du sur cette question.

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