Des troupes rwandaises ont-elles mené une opération conjointe avec les FARDC sur le sol congolais ? C’est la question qui revient ces dernières semaines dans les échanges entre tous ceux qui suivent de près la situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo. Mais, du côté des officiels rwandais et congolais, c’est presque l’omerta. Personne n’ose s’étendre sur le sujet.

Qu’en est-il vraiment et pourquoi ce black out ? Contacté off the record, un diplomate rwandais reconnaît avoir « entendu parler » d’une présence des Forces rwandaises de défense (RDF) dans l’est de la RDC. « Mais je n’ai pas plus d’informations », s’empresse-t-il de préciser. « De toute façon, si elle existe, une telle opération ne peut évidemment pas être divulguée au public. Sinon, cela aurait déjà été fait », estime-t-il, prudent et lucide.

D’autant que la question est tout aussi bien délicate que sensible. Au Congo, personne n’a en effet oublié l’épisode de l’entrée sur le territoire national des troupes rwandaises en 2009, sans que le Parlement n’en soit informé. Vital Kamerhe, alors président de l’Assemblée nationale, aujourd’hui directeur de cabinet du nouveau chef de l’État, s’y était alors opposé publiquement, entraînant une crise au sommet de l’État qui déboucha sur sa démission.

Dix ans plus tard, la même question revient sur la table : les troupes rwandaises traquent-elles des groupes armés aux côtés des soldats congolais dans le Kivu ? « Je ne crois pas que nous ayons besoin d’en arriver là. Je ne pense pas. Mais en revanche, il y a une très bonne entente que ce soit avec le Rwanda ou avec l’Ouganda, le Burundi. Bref, avec tous les voisins », a esquivé le président congolais, Félix Tshisekedi, lors de sa première interview accordée le 29 juin à RFI et France 24, à Lubumbashi, dans le sud de la RDC.

Comme nous le révélions dans notre précédent billet de blog, mis en ligne le 21 juin, des mouvements suspects des rebelles rwandais ont été signalés ces derniers mois dans les hauts plateaux de Kalehe. Et que cette situation pourrait justifier la cristallisation des tensions régionales dans l’est de la RDC où Kigali et Bujumbura, voire Kampala, s’affrontaient déjà via des groupes armés nationaux et étrangers interposés.

D’après les informations recueillies sur le terrain, des rebelles rwandais du Conseil national pour le renouveau et la démocratie (CNRD) ont été pris dans une embuscade à Masisi, dans le Nord-Kivu, tendue par des forces spéciales rwandaises et quelques unités spéciales congolaises, alors qu’ils faisaient mouvement de Kalehe, dans le Sud-Kivu, vers le Nord pour tenter de rejoindre d’autres combattants proches du général rwandais déchu et exilé en Afrique du Sud, Kayumba Nyamwasa. Bilan : au moins 13 éléments rebelles capturés et un ancien officier de l’armée rwandaise tué. Il s’agirait d’un certain capitaine Charles Sibomana dit « Sido », selon plusieurs sources proches de Kigali qui ont relayé la capture d’écran d’une photo de sa mort sur les réseaux sociaux.

Capture d'écran relayé sur les réseaux sociaux montrant la mort du capitaine "Sibo".

Les mêmes sources indiquent également que les troupes rwandaises seraient aussi positionnées vers Minembwe. Ce que, officiellement en tout cas, des officiels politiques et sécuritaires congolais continuent à démentir. En tout cas, un haut-responsable des Forces armées de la RDC (FARDC) nous a répondu qu’« aucune » opération n’a été menée conjointement avec l’armée rwandaise sur le sol congolais. Mais il a toutefois indiqué qu’il y a eu bel et bien une attaque des FARDC contre « le groupe des combattants [rwandais] qui quittaient le Sud-Kivu avec l’intention d’aller à la frontière avec le Rwanda et l’Ouganda ». À l’en croire, ces affrontements ont eu lieu « à la frontière entre Masisi et Kalehe » il y a « plus de 4 semaines », soit entre fin mai et début juin.

Dans tous les cas, le mystère demeure officiellement entier sur la coopération militaire entre le Rwanda et la RDC. Un prochain billet sur notre blog pourrait interroger le pourquoi de ce « mystère d’Etat » qui ne se justifierait pas dans les relations normales d’Etat à Etat.

  1. […] derniers mois, le KST avait toutefois déjà pu recueillir des éléments attestant la présence de forces spéciales rwandaises dans l’Est du Congo, même si celle-ci n’a jamais été officiellement reconnue. La mort de Mudacumura a, de plus, […]

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