[Blog invité] Le NDC-Rénové détrône Guidon, qui avait détrôné Sheka

Le bastion de Guidon Shimiray se situait sur le territoire de Walikale (photo). Monusco / Kevin Jordan

Christoph Vogel est un chercheur et enquêteur spécialisé sur les groupes armés en RDC. Ancien membre du groupe d’experts du Conseil de sécurité des Nations unies sur la RDC, il travaille actuellement pour le Conflict research programme de la London School of Economics (Royaume-Uni) et à l’Université de Gand (Belgique).

 

Le 8 juillet au soir, près de Pinga, dans l’un de ses principaux quartiers généraux, le Nduma défense of Congo-Rénové (NDC-R) a annoncé la destitution de son commandant en chef, Guidon Shimiray Mwissa. Dans un communiqué signé par le porte-parole du mouvement, Désiré Ngabo, le NDC-R a annoncé que les adjoints de Guidon, Gilbert Bwira et Mapenzi Likuhe, prenaient la tête du groupe.

La formulation du communiqué est particulièrement frappante : elle recycle presque littéralement le texte de Guidon Shimiray de 2014, après avoir pris le contrôle de l’ancienne rébellion du NDC de Sheka Ntabo Ntaberi dans la région de Walikale au Nord-Kivu.

Comme un récent rapport du Groupe d’études sur le Congo (GEC) a tenté de le montrer méticuleusement, l’histoire du NDC-R est exemplaire pour comprendre les conflits et la mobilisation armée dans l’est du Congo. Le plus souvent, l’émergence, l’évolution et la disparition des belligérants dans cette région sont guidées par une combinaison de facteurs. Dans le cas du NDC et du NDC-R, il s’agit de l’imbrication des relations politiques, commerciales et sociales et de l’environnement géopolitique plus large dans lequel le mouvement a pu opérer. Bien que l’on ne sache pas encore très bien dans quelle direction le NDC-R se dirige et qui prendra sa tête, on peut tirer des enseignements intéressants de la trajectoire du groupe et de sa scission (plus ou moins) soudaine.

Grands ou petits, la plupart des groupes armés présents dans le paysage (in)sécuritaire très fragmenté de l’est du Congo – des décomptes récents suggèrent qu’on y trouve bien plus d’une centaine de belligérants clairement identifiables – sont sensibles aux développements qui se produisent dans leur environnement. Il peut s’agir de la politique locale et provinciale, du rôle et du positionnement des chefs coutumiers et des commandants de l’armée dans leur région et de nombreuses autres dynamiques. Dans le passé, le NDC et le NDC-R ont fortement réagi aux interférences extérieures dans l’élaboration de leur propre structure et stratégie. Les élites militaires, coutumières et politiques ont joué un rôle crucial en aidant Guidon et Bwira à prendre la relève de Sheka, et Mapenzi à quitter l’Alliance des patriotes pour un Congo libre et souverain (APCLS) de Janvier Karairi pour intégrer la plupart de ses troupes au sein du NDC-R. À en juger par cette tradition, il est très peu probable que Bwira et Mapenzi ait renversé Guidon sans un soutien similaire.

La grande question qui se pose désormais est celle de la force des troupes. Ni le GEC, ni les analystes congolais, ni le Groupe d’experts des Nations unies n’ont fourni de chiffres précis, mais on peut affirmer sans risque que le NDC-R compte entre 1000 et 5000 éléments (cette fourchette semble énorme, mais les décomptes plus précis ont tendance à être erronés comme le montrent de nombreux exemples passés), pris ensemble et incluant des alliés semi-autonomes tels que l’Union des patriotes pour la défense des innocents (UPDI-Mazembe) de Kitete Bushu. Quelle proportion de ces troupes (et leur approvisionnement respectif, leurs positions, etc.) peuvent rester fidèles à Guidon, et qui va passer du côté de Mapenzi et Bwira ? Il faudra surement plusieurs jours pour répondre à cette question.

À ce jour, la seule chose qui soit claire est que des combats fratricides ont éclaté dans un certain nombre d’endroits, notamment à Pinga, Mweso, Kashuga et près de JTN/Katsiru. Cette liste n’est peut-être pas exhaustive. Dans certains endroits, l’armée congolaise – qui n’est pas connue pour sa position particulièrement dure à l’égard du NDC-R dans le passé – affronte des unités du groupe. Dans d’autres endroits, la coalition qui lie les Nyatura du Coalition des mouvements pour le changement (CMC) aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et à l’APCLS, reprend des positions récemment perdues au profit du NDC-R. Comme lors d’autres scissions, il est probable qu’un grand nombre de combattants de la base ne savent pas nécessairement qui il vont rejoindre car c’est souvent le fruit du hasard et dépendant de l’affectation à tel ou tel endroit à un moment donné (ce qui a été le cas lorsque le Conseil national pour la renaissance et la démocratie [CNRD] s’est séparé des FDLR en 2016). Néanmoins, étant donné les rumeurs de longue date sur des dissensions internes et un affrontement imminents, certains préparatifs pourraient avoir été faits par les commandants des deux camps.

En attendant, les populations de Walikale, Masisi, Rutshuru et Lubero vivent dans une grande confusion après avoir vécu pendant des années sous un contrôle assez stable, semblable à celui d’une l’armée, caractérisé par le système de taxation illégale (le fameux système des « jetons ») le plus efficace mis au point par des acteurs non étatiques depuis l’époque des FDLR. Dans une région où les changements de contrôle et de modèle de gouvernance sont légion, le pouvoir du NDC-R représentait en de nombreux endroits une forme de stabilité – malgré la violence qu’il entraînait. Ce que nous pourrions voir dans les semaines à venir pourrait être soit :

  1. une atomisation du contrôle armé de la zone occupée par le NDC-R, si celui-ci s’effondre effectivement (cela dépendra du degré d' »intégration » et de l’importance du charisme de Guidon pour le mouvement)
  2. un scénario « d’impasse » dans lequel les deux factions pourraient continuer à s’affronter
  3. l’annihilation rapide d’une aile par l’autre.

Ces scénarios ne prennent pas en compte la réaction des FARDC (en particulier celle des unités qui ont été proches du NDC-R jusqu’à présent) ni celle d’autres groupes armés puissants (notamment le type d’alliance qui unit la coalition CMC/FDLR/APCLS aux Forces patriotiques populaires, Armée du peuple [FPP-AP], la branche de Mazembe qui critique le NDC-R et qui était auparavant alliée aux FDLR).

Si au cours du mois dernier, les combats entre la coalition élargie autour du NDC-R et celle autour du CMC et des FDLR à Rutshuru et Lubero ont semblé être un retour à la situation qui a prévalu tout au long de 2016, la scission du NDC-R pourrait provoquer une entrée dans un territoire inconnu en termes d’implications sécuritaires immédiates. Enfin, une dernière question est celle du sort de Guidon Shimiray lui-même : finira-t-il par être capturé et soumis à un procès militaire comme son prédécesseur Sheka ? Ou se réinventera-t-il lui-même et ses alliances sur le terrain ?

Ce billet de blog a été initialement publié en anglais sur le site suluhu.org.

Après la mort de Mudacumura, la fin des FDLR ?

Lorsque la réunion a commencé, le jour ne s’était pas encore levé sur Rwindi-Monument. En ce 18 septembre 2019, Sylvestre Mudacumura avait rassemblé plusieurs dizaines de ses hommes, parmi lesquels certains de ses plus proches collaborateurs, dans cette localité de la province du Nord-Kivu. Pendant ses 25 années de cavale, le chef militaire des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) avait pris l’habitude de convoquer ses assemblées pendant la nuit.

Il n’est pas sorti vivant de celle-ci. Vers 5 heures du matin, cet ancien militaire hutu rwandais a été abattu pendant une offensive de ses ennemis. Fortement soupçonné d’avoir participé au génocide des tutsis de 1994, recherché par la Cour pénale internationale (CPI) depuis 2012 pour des crimes commis au Congo, il a fini sa vie à 65 ans, dans le territoire de Rutshuru, où se trouvait le dernier réduit de sa rébellion.

Les circonstances de sa mort restent mystérieuses à ce jour. Les militaires congolais l’ont-ils tué, comme ils l’ont affirmé ? A-t-il été trahi par certains de ses hommes ? Ces derniers l’ont-ils exécuté eux-mêmes pour éviter qu’il ne soit capturé ?

Certains éléments laissent penser que l’attaque ait été coordonnée avec le Nduma Defense of Congo – Rénové de Guidon Shimiray. Deux jours avant l’attaque, ses combattants ont en tout cas fait mouvement vers la zone selon des sources locales. Bien que recherché par la justice congolaise, ce chef de guerre collabore étroitement avec certains officiers de l’armée congolaise depuis plusieurs années  notamment dans le cadre de l’opération Sukola II, consacrée à la traque des FDLR. Ses troupes avaient précédemment tué d’autres commandants de ce groupe armé.

Sylvestre Mudacumura a été tué près de la  localité de Makomalehe (carte MSF)

Reste que, selon nos informations, ce ne sont pas les NDC-R qui ont tué Mudacumura. Selon deux sources militaires congolaises et deux sources de la société civile du KST, des forces spéciales rwandaises étaient par ailleurs présentes aux côtés des militaires congolais au cours de l’opération. Quel rôle ont-elles joué exactement ?

Interrogé à ce sujet par Le Monde, le président congolais Félix Tshisekedi a démenti leur présence tout en reconnaissant un « partage de renseignement » avec Kigali. Le président congolais s’est par ailleurs dit favorable à « des opérations conjointes » avec les armées de la région, mais a jugé hors de question l’octroi de tout « droit de poursuite » sur le territoire congolais.

Ces derniers mois, le KST avait toutefois déjà pu recueillir des éléments attestant la présence de forces spéciales rwandaises dans l’Est du Congo, même si celle-ci n’a jamais été officiellement reconnue. La mort de Mudacumura a, de plus, été annoncée par plusieurs sources et médias rwandais sur les réseaux sociaux avant même que l’armée congolaise n’en fasse état.

L’opération ressemble en tout cas davantage à un assassinat ciblé, menée grâce à un important travail de renseignements, qu’à une large offensive victorieuse sur les FDLR. Après la mort de Mudacumura, ce groupe armé a en effet été en mesure de continuer le combat contre les FARDC. Les militaires congolais n’ont, de surcroît, pas pu ramener le corps de Mudacumura, même s’ils ont pu capturer quatre rebelles. Présenté à la presse par les FARDC, l’un d’eux a d’ailleurs affirmé que l’objet de la dernière réunion de Mudacumura était de trouver un successeur à Ignace Murwanashyaka, le président de l’aile politique des FDLR, décédé en avril dernier.

Ce groupe armé, qui a été parmi les plus actifs dans l’Est de la RD Congo, parait aujourd’hui plus faible que jamais. La mort de Mudacumura intervient en effet après la neutralisation de plusieurs autres de leurs hauts cadres. Le chef des renseignements militaires Sophonie Mucebo, le général Leopold Mujyambere ou encore le porte-parole Laforge Fils Bazeye ont tous été arrêtés ces derniers mois. Cette rébellion ne disposerait, aujourd’hui, de moins d’un millier hommes selon les estimations des meilleurs spécialistes, contre 2000 à 2500 en 2016 selon le groupe d’experts des Nations-Unies. Les données du KST indiquent, par ailleurs, une forte décrue de leurs activités ces deux dernières années.

Nombre de victimes civiles



Nombre d’enlèvements

Nombre de kidnappings contre rançon

Faut-il pour autant en conclure à la fin prochaine de l’influence des FDLR ? Rien n’est moins sûr. La chute des activités criminelles de ce groupe a été en effet en partie compensée par la montée en puissance de certaines milices Nyatura. 

Nombre d’enlèvements par les Nyatura-Domi

Essentiellement composées de membres de la communauté hutu congolaise, ces milices ont été en grande parties formées par les FDLR et s’allient régulièrement avec elles, dans ce qui s’apparente à une nouvelle stratégie de lutte, plus indirecte, ainsi que l’explique un récent billet publié sur le blog du KST en anglais. Le Collectif de mouvements pour le changement (CMC) principale coalition Nyatura, a d’ailleurs affirmé avoir affronté la « coalition FARDC-RDF-NDCR » pendant les trois jours suivant la mort de Mudacumura et prétend leur avoir infligé de lourdes pertes. Selon des témoins oculaires, le CMC a de nouveau affronté le NDC-R près de Mweso (territoire de Masisi) le 23 septembre.

La mort de Mudacumura semble ainsi avoir remobilisé les FDLR et leurs alliés, qui se sont révélés particulièrement agressifs et imprévisibles. Elle risque aussi susciter des représailles de ce groupe armé contre les civils.

Enfin, d’autres rébellions hutu rwandaises issues de scissions précédentes avec les FDLR restent présentes dans l’Est congolais. C’est notamment le cas du Rassemblement pour l’unité et la démocratique (RUD) et du Conseil national pour le renouveau (CNRD). La menace reste considérée comme encore suffisamment sérieuse par gouvernement rwandais pour qu’elle ait contribué à sa brouille avec l’Ouganda, accusé de faciliter les contacts entre ces groupes et les groupe de dissident rwandais en exil du Congrès national rwandais (RNC).

Selon un communiqué interne, les FDLR ont par ailleurs désigné sans tarder un successeur à Mudacumura : Pacifique Ntawunguka, alias Omega. Moins directement associé au génocide que son prédécesseur, moins clivant pour la hiérarchie, il est également plus jeune et pourrait avoir à coeur de réunir les différentes rébellion hutu rwandaises.

Kinshasa veut-il vraiment lâcher le chef milicien Guidon ?

Kinshasa en veut-il aux chefs miliciens de Walikale ? C’est en tout cas ce que semble s’en convaincre une majeure partie de la communauté autochtone de ce territoire du Nord-Kivu, niché à quelque 130 km de la ville de Goma. Et pour cause : l’étau judiciaire qui se resserre autour des leaders des groupes armés de cette partie du pays. Après le procès ouvert le 27 novembre 2018, à Goma, contre Sheka Ntabo Ntaberi, le chef de Nduma Defence of Congo (NDC), c’est désormais au tour de Guidon Shimirayi Mwissa, son ancien responsable des opérations devenu depuis chef de son propre groupe armé, NDC-Rénové, de se retrouver dans le viseur de la justice militaire.

« Participation à un mouvement insurrectionnel », « crime de guerre par conscription » et « crime contre l’humanité par viol ». Le mandat d’arrêt émis, début juin, à l’encontre de Guidon Shimirayi énumère ainsi les charges pour lesquelles cet ancien officier de l’armée congolaise est recherché. Le document de l’auditorat militaire supérieur près la Cour militaire opérationnelle du Nord-Kivu précise que Guidon aurait commis ces actes « pendant la période allant 2009 à 2014 » alors qu’il « travaill[ait] sous les ordres du chef de guerre Ntabo Ntaberi dit Sheka (…) », mais aussi « pendant la période allant de 2014 à ce jour ».

À Kinshasa, personne autour du nouveau chef de l’État n’a accepté s’étendre sur le sujet. Certains disent même ne « pas être au courant » de l’affaire quand d’autres nous renvoient quasi systématiquement à l’auditorat militaire du Nord-Kivu. Ce serait, selon eux, la structure compétente pour apporter des précisions sur la question. Mais est-ce ce parquet militaire a-t-il décidé seul, sans consulter les autorités nationales ? Non, si l’on en croit trois hauts responsables de l’armée proches du dossier que nous avons contactés. Pour eux, la traque des seigneurs de guerre de Walikale ne seraient qu’une première étape d’une stratégie globale : tous les autres chefs des groupes armés dans le Nord-Kivu seront concernés, nous assure-t-on.

Une garantie sans doute destinée à rassurer certaines organisations de la société civile de Walikale qui lèvent déjà la voix pour dénoncer le mandat d’arrêt émis contre le chef milicien et leader du NDC-R. En filigrane le sentiment d’injustice dans les efforts d’éradication des groupes armés nationaux : on s’attaquerait ainsi, selon elles, aux « groupes d’auto-défense » d’une seule communauté, sans inquiéter les autres milices qui pullulent dans la province. « Si Walikale a toujours résisté contre toutes les menaces extérieures visant l’extermination de ses autochtones, c’est grâce au volontariat de ses vaillants fils qui n’acceptent jamais toute forme de criminalité ou d’occupation sur la terre de leurs ancêtres », clament d’ailleurs les responsables des communautés de Walikale (Bunakima et Kano) et celui de la Coordination territoriale de la société civile (Sociwa) dans un communiqué de presse conjoint publié le 9 juillet.

Comment comprendre ce soutien apparent des organisations de la société civile locale à un chef milicien soupçonné de graves crimes ? Même si d’autres activistes locaux n’ont cessé, en revanche, de dénoncer les abus de Guidon. « Comme le gouvernement [central] a longtemps tourné le dos à Walikale – abandon caractérisé par l’absence de l’autorité de l’État dans le territoire -, les groupes armés locaux qui ont combattu les FDLR [Forces démocratiques de libération du Rwanda] sont considérés comme des libérateurs, nonobstant les crimes et autres bavures qu’ils commettent sur cette même population civile. Et Kinshasa a, pendant une période donnée, considéré lui aussi certains de ces groupes armés et les FDLR comme bases arrières alliées aux Forces armées de la RDC pour contrer les velléités du Rwanda et de l’Ouganda », tente d’expliquer un élu du territoire. « L’équipement militaire de Guidon laisse penser d’ailleurs qu’il bénéficiait d’un appui étatique », conclut-il.

D’après nos précédentes recherches, Guidon a en effet collaboré d’une manière extensive avec les FARDC dans les territoires de Lubero, Masisi et Walikale. Ce qui lui a d’ailleurs permis de monter en puissance entre 2015 et 2019. Et cette « poursuite de la collaboration entre le NDC-R et les FARDC » est détaillée de nouveau dans le rapport final du Groupe d’experts onusiens sur la RDC, rendu public le 7 juin 2019. « Des sources locales et des membres de la société civile ont indiqué que le colonel Yves Kijenge, haut-gradé du 3411e régiment des FARDC, basé dans la région de Kitchanga, aurait livré des armes et des munitions à des combattants du NDC-R », peut-on lire dans ce document.

« Un témoin a vu Kijenge remettre au moins 10 caisses de munitions à des éléments du groupe armé en janvier 2019, à Kalembe. De plus, un soldat des FARDC placé sous l’autorité de Kijenge a dit au Groupe d’experts qu’en mars 2019 sa hiérarchie lui avait donné l’ordre de ne pas s’opposer aux déplacements des combattants du NDC-R et qu’il avait récemment laissé librement passer Guidon, le chef de ce groupe armé », rapportent entre autres les experts onusiens.

Au sein de l’état-major de l’armée congolaise, l’on continue pourtant à nier tout soutien direct à Guidon. Un officier consulté persiste : « Ce qui se passait sur le terrain n’avait aucun rapport avec Kinshasa ». Pour lui, il n’y aurait donc que des complicités locales au sein des éléments de l’armée déployés dans la zone. Mais « tout le monde est justiciable », assure-t-il. Notre source, bien placée dans la hiérarchie militaire, laisse par ailleurs entendre que le mandat d’arrêt lancé contre Guidon n’est qu’une suite logique de l’audition de son ancien chef Sheka qui se trouve entre les mains de la justice militaire.

Outre cette corrélation avec l’affaire Sheka, Guidon ne s’est pas non plus fait beaucoup d’amis en tentant depuis bientôt une année d’étendre son influence au-delà de son fief de Walikale. Ces derniers mois, ses hommes se sont signalés dans des attaques dans le territoire de Masisi (où les éléments de NDC ont été souvent en cohabitation pacifique avec les FARDC) et dans le sud de Lubero. Leurs cibles : les FDLR et alliés (les Nyatura, les APLCS, …). Des offensives qui semblent perturber la situation de pré carré implicite instauré dans la région où chaque groupe armé prétend protéger sa communauté, sans jamais mettre en avant des intérêts économiques qui en découlent notamment lorsqu’il s’agit également du contrôle des carrés miniers dans des zones concernées.

Pour le moment, l’armée n’a toujours pas arrêté Guidon. Ce dernier bouge beaucoup et a été aperçu ces dernières semaines à Pinga, une localité de Walikale. Dans le coin, des soldats congolais censés exécuter le mandat d’arrêt à son encontre ferment les yeux. Mais, à Kinshasa, on assure que c’est le prévenu qui « ne se fait pas voir ». Dans son quartier général, Guidon, lui, se dit « frustré » par la tournure des événements et ne tarit pas des critiques envers la Monusco, la mission onusienne, qui, selon lui, aurait documenté des chefs d’accusation qui pèsent sur lui.

Va-t-il se rendre ? Rien n’est moins sûr. « Mais la meilleure stratégie contre les groupes armés locaux reste un programme DDR [désarmement, démobilisation et réinsertion] repensé », estime pour sa part le député Juvénal Munubo. « Le DDR doit être moins budgétivore mais efficient, en décentralisant par exemple les opérations : désarmer, démobiliser et réinsérer les ex-combattants dans leurs milieux d’origine, dans l’Est, au lieu de les placer pendant des mois à Kitona et Kamina sans une réelle réintégration », préconise cet élu de Walikale. Mais, Kinshasa ne dispose pas encore d’un nouveau programme DDR…