Les divisions entre Tshisekedistes et Kabilistes paralysent l’Etat dans l’est de la RDC

A Kanyaruchinya, près de Goma, le 15 juillet 2013 (Photo Monusco Sylvain Liechti)

La division entre le camp du président Félix Tshisekedi et celui de son prédécesseur, Joseph Kabila, empêche, pour l’instant, l’adoption d’une stratégie cohérente pour stabiliser l’est de la RDC.

Par Pierre Boisselet, coordonnateur du Baromètre sécuritaire du Kivu.

2127 civils tués, 1450 enlevés, 938 kidnappés… Le bilan enregistré par le Baromètre sécuritaire du Kivu (KST) lors des vingt premiers mois de la présidence de Félix Tshisekedi est lourd. Plus lourd encore, même, que celui des vingt derniers de son prédécesseur, Joseph Kabila (1553 civils tués).

La différence s’explique principalement par la recrudescence de tueries perpétrées par les Forces démocratiques alliées (ADF). Ceux-là même que le président Félix Tshisekedi avait pourtant promis « d’exterminer définitivement » lors d’une « dernière offensive » en octobre 2019.

Pour accomplir cette promesse, et éliminer, plus largement, tous les groupes étrangers présents dans le Kivu, le président congolais avait d’abord tenté de mettre sur pied une coalition militaire régionale, avec l’organisation de plusieurs réunions des chefs d’Etatmajors à Goma des armées régionales en septembre et octobre 2019.

A l’époque, déjà, le Front commun pour le Congo (FCC), la coalition de Joseph Kabila, s’était opposé à ce projet. La profondeur des divisions entre le Rwanda d’une part, et l’Ouganda et le Burundi de l’autre, ainsi que l’opposition d’une grande part de l’opinion publique congolaise, avait fini par l’enterrer.

Qu’à cela ne tienne : le 31 octobre 2019, les FARDC, dont la plupart des généraux ont été nommés au temps de Kabila, ont lancé une offensive unilatérale de l’armée congolaise. La Monusco, qui n’avait pas été associée à sa planification, n’y a pas participé.

Un an après, les résultats ne sont pas au rendez-vous. Malgré la reconquête annoncée de certains bastions des ADF, cette opération a largement échoué à mettre ce groupe islamiste hors d’état de nuire. Il commet même nettement plus de massacres depuis le début de l’offensive (plus de 640 civils tués lors d’attaques attribuées aux ADF depuis un an, contre 195 l’année précédente). Sur le terrain, l’offensive des FARDC est désormais largement à l’arrêt. Les militaires congolais semblent même devenus les cibles dans ce conflit : sur les huit affrontements entre FARDC et ADF enregistrés par le KST au mois d’août par exemple, les ADF étaient à l’initiative dans sept cas. « Lorsque le président a voulu lancer cette offensive, les généraux l’ont accepté car cela leur permettait d’obtenir les financements qui allaient avec », commente froidement un haut cadre du FCC au KST. « Mais ils n’y ont jamais vraiment cru ».

Cette offensive contre les ADF est une illustration, parmi d’autres, de l’absence de stratégie cohérente et coordonnée entre les différents responsables politiques congolais et internationaux pour stabiliser l’Est de la RDC. L’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi n’a pas permis, pour l’instant, de pallier cela.

A Kinshasa, une multitude d’institutions congolaises sont en effet appelées à jouer un rôle dans la politique orientale. Or celles-ci sont divisées entre la coalition du président et celle de son prédécesseur. Le ministre de la Défense, Aimé Ngoy Mukena, est ainsi un proche de Joseph Kabila. Mais le ministre délégué à la Défense, Sylvain Mutombo Kabinga, est un farouche partisan de Tshisekedi, tout comme le ministre de l’Intérieur, Gilbert Kankonde. Le Mécanisme national de suivi de l’accord d’Addis-Abeba (MNS), qui doit en principe publier une feuille de route pour la stabilisation du pays, est pour sa part dirigé par Claude Ibalanky, un proche de Tshisekedi, issu de la diaspora, qui ne dispose pas d’une très longue expérience des conflits dans l’est de la RDC. « On ne sait pas qui est aux manettes » résume ainsi une source diplomatique européenne interrogée par le KST. Dans son discours à la Nation du 23 octobre, le président Tshisekedi a d’ailleurs cité « les questions relatives à la paix et à la sécurité nationale » en tête de la liste des « divergences qui persistent entre parties » de la coalition au pouvoir.

De fait, toutes les personnalités jouant un rôle dans l’est ne tirent pas dans le même sens. Cela a notamment été visible dans le cas des hauts-plateaux du Sud-Kivu, où un conflit oppose plusieurs milices issues des communautés Fuliru, Bembe, Nyindu et Vira à celles issues de la communauté Banyamulenge. Ce conflit, qui connait des cycles de violence à répétition depuis plusieurs décennies, a repris de plus belle depuis l’arrivée de Tshisekedi à la présidence : les principaux belligérants (Mai-Mai René, Ebu Ela, Biloze Bishambuke, Twirwaneho, Gumino et Makanika) ont tué au moins 81 civils depuis un an, en forte augmentation par rapport à l’année précédente (35 tués) selon les chiffres du KST.

En août, Tommy Thambwe Rudima, un ancien membre de la rébellion Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), s’est rendu sur les hauts-plateaux pour tenter de désamorcer le conflit. Ce collaborateur de l’ONG Interpeace était apparemment titulaire d’un mandat de la présidence, ce qu’une source au cabinet du chef de l’Etat a confirmé au KST. Pourtant, au MNS, une source interrogée par le KST disait tout ignorer de cette mission, au point de suggérer qu’il s’agissait probablement d’un usurpateur…

Mi-septembre, c’est le tshisekediste ministre délégué à la Défense, Sylvain Mutombo, s’est rendu à Murhesa, près de Bukavu, pour participer à des pourparlers entre groupes armés en partenariat avec les ONG Search for Common Ground (SFCG) et Initiative pour un leadership cohésif (ILC). Cette initiative a été notamment financée par les Pays-Bas, la Suède et la Suisse, mais a été critiquée par d’autres bailleurs ainsi que de nombreuses sources à la Monusco, qui la jugeaient prématurée. Parmi les participants se trouvaient des représentants des principaux belligérants des hauts-plateaux, qui ont fini par signer un très fragile cessez-le-feu le 16 septembre.

Pendant les jours qui ont suivi, un calme relatif a régné dans la région. Mais le 28 septembre, le ministre de la Défense, Aimé Ngoy Mukena, et le ministre de la Décentralisation, Azarias Ruberwa, tous deux membres du FCC, se sont rendus à Minembwe, où ils ont participé à l’installation officielle de Gad Mukiza, un Munyamulenge, au poste de bourgmestre de la commune rurale. Cette cérémonie, tenue alors les autres entités locales du Sud-Kivu demeurent en attente d’officialisation de leur statut administratif, a été perçue comme une provocation par une grande partie de l’opinion publique congolaise. Conséquence, Félix Tshisekedi lui-même est entré en jeu, lors de sa visite à Goma, le 8 octobre, en promettant « d’annuler ce qui a été fait » à Minembwe. Depuis le 19 octobre, de violents affrontements ont repris sur les hauts plateaux.

La rivalité entre le Cap pour le changement (Cach, coalition de Tshisekedi) et le FCC est également manifeste – et délétère – dans l’élaboration d’un nouveau programme de Désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR). Alors que de nombreux groupes armés présents dans l’est de la RDC justifiaient leur combat par la présidence de Joseph Kabila au pouvoir, l’arrivée à la présidence de Félix Tshisekedi a suscité une réelle vague de démobilisations volontaires depuis le début de l’année. Ces combattants se sont, le plus souvent, retrouvés dans des camps de cantonnement. Mais faute de ressources allouées à ces camps, et notamment de nourriture, la plupart ont fui, et sont retournés dans le maquis.

Echaudés par les programmes de DDR précédents, qu’ils estiment avoir été inefficaces et non-transparents, les bailleurs n’ont, en effet, pas débloqué les financements espérés pour le « DDR 3 ». « L’Etat ne remplissait pas sa part du contrat, qui était notamment de nourrir les combattants cantonnés », explique une source proche du dossier.

Félix Tshisekedi a donc promu une nouvelle approche : le DDR dit « communautaire ». Celle-ci a été initialement lancée par les gouverneurs des provinces du Sud et du Nord Kivu, rejoints par l’Ituri, et coordonnées par Clovis Munihire, sous le sigle « CIAP-DDRRRC », pour Commission interprovinciale d’appui au processus de désarmement, démobilisation, réinsertion, réintégration et réconciliations communautaires. Ses promoteurs souhaitent notamment changer de méthode, en évitant, par exemple, l’étape si problématique du cantonnement dans des camps militaires. L’idée serait désormais qu’ils restent dans leur communauté d’origine. Cette approche écarte, également, toute réintégration collective de combattants dans les FARDC.

Après avoir suscité un certain scepticisme des principaux bailleurs de la RDC et de la Monusco, celle-ci semble désormais avoir l’assentiment de la majorité d’entre-eux. La plupart des ambassadeurs occidentaux ont ainsi soutenu ce principe après une rencontre avec le président, le 22 octobre, à laquelle aucun ministre du FCC n’était présent.

Le camp du président butte, en effet, sur la présence de proches de Kabila à des postes clés. Jusqu’à présent, les programmes de DDR sont en effet coordonnés par le Plan de stabilisation et de reconstruction de l’est de la RDC (Starec), l’agence congolaise censée les mettre en oeuvre avec la communauté internationale. C’est également cette structure qui contrôle le Fond de cohérence pour la stabilisation (FCS) abondé par les bailleurs.

Or le Starec est coordonné par Alain Kasindi, un homme réputé proche de Néhémie Mwilanya, le coordonnateur national du FCC, et est placé sous l’autorité de la vice-Premier ministre et ministre du Plan, Elysée Munembwe, elle aussi du FCC.

Selon une source proche du dossier, le camp Tshisekedi voit le dispositif comme un outil de captation des fonds au profit du FCC. Selon une source onusienne, le président entend créer par ordonnance une nouvelle structure, rattachée à la présidence, qui permettrait notamment de contrôler le Starec. C’est ainsi que le président a annoncé, à Goma, la nomination prochaine d’un coordonnateur national du DDR communautaire.

Restera à régler la question du financement de ces projets. Lors de sa visite à Goma, le président a annoncé que 50 millions de dollars seraient attribués au DDR. Selon une source à la Banque mondiale, cet argent n’était pourtant pas destiné à financer le DDR-C, mais le “Fonds social pour la RDC”, afin de soutenir les communautés touchées par les violences. Mise devant le fait accompli, la Banque toutefois a finalement annoncé « un projet dédié de stabilisation pour soutenir l’initiative des gouverneurs dans l’Est », dont les contours ne sont pas encore définis.

Par ailleurs, la RDC est éligible à un nouveau financement dans le cadre de l’allocation prévention et résilience (PRA) de la Banque mondiale. De source diplomatique européenne, cette enveloppe est de 700 millions de dollars. Mais le gouvernement congolais doit remplir plusieurs conditions pour débloquer ce programme, dont la publication d’une stratégie globale pour la stabilisation du pays. A ce jour, la Banque mondiale estime que cette condition n’est pas remplie.

Pourquoi la violence dans les hauts plateaux du Sud-Kivu n’est pas « ethnique » (et autres idées reçues sur la crise)

Élèves d’une école près de Minembwe, juin 2007. (Photo Julien Harneis)

Judith Verweijen est maître de conférences au département de politique et de relations internationales de l’université de Sheffield (Royaume-Uni). Ses recherches portent sur l’interaction entre la mobilisation armée, la violence et les conflits autour des ressources naturelles. Elle se concentre principalement sur l’Est de la RDC, où elle a mené des recherches approfondies sur le terrain depuis 2010.

Le 10 août 2020, le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme en République démocratique du Congo (BCNUDH) a publié un rapport sur la crise qui se déroule sur les Hauts Plateaux du Sud-Kivu à l’intersection des territoires de Fizi, Uvira et Mwenga. Curieusement, le rapport se concentre sur une aire limitée des Hauts Plateaux : il omet la zone de Bijombo, où les combats se sont intensifiés à la mi-2018, après trois ans de conflit. 

Malgré cette omission, le rapport donne une indication du colossal bilan de la crise : il documente la destruction d’au moins 95 villages, 128 décès dûs à des exécutions sommaires et extrajudiciaires, 47 victimes de violences sexuelles, et le pillage et l’abattage de milliers de têtes de bétail. Cette violence a conduit à une situation humanitaire désastreuse, avec plus de 110 000 personnes déplacées. 

Le rapport du BCNUDH analyse peu les causes de cette violence. Il reconnaît que le conflit et ses origines découlent de multiples facteurs au niveau national et sous-régional, mais se limite à l’aspect intercommunautaire. C’est regrettable, car cela donne l’impression qu’il s’agit du facteur le plus important. 

Comme d’autres conflits dans l’Est de la RDC, la crise des Plateaux se caractérise par une profonde complexité. Elle implique une série de facteurs de conflit et de violence qui se jouent à différents niveaux, du local au sous-régional. Les récits mettant l’accent sur des explications simples ne fournissent qu’une pièce de ce puzzle. Voici trois de ces récits et pourquoi, à eux seuls, ils sont incomplets, voire inexacts. 

  1. La violence sur les Hauts Plateaux est le résultat d’un conflit « ethnique » ou « intercommunautaire »

L’identité ethnique a joué un rôle important dans les explications des violences récentes. De ce point de vue, elle découle des animosités entre les Banyamulenge, d’une part, et les groupes qui se qualifient d' »autochtones » – notamment les Babembe, les Banyindu, les Bafuliiru et les Bavira, d’autre part. 

Ce récit doit être nuancé. Il y a effectivement de nombreux conflits sur les Plateaux qui opposent les Banyamulenge à d’autres groupes. Ils sont liés à des contestations autour de l’autorité locale et du contrôle des terres et des ressources, dont la taxation et la réglementation des marchés, des mines et des mouvements de bétail.

Cependant, ces conflits ne se transforment pas toujours en violence armée. La violence est avant tout le fait de groupes armés et de milices de « défense locale ». Il est vrai que ces acteurs armés prétendent défendre des communautés ethniques particulières et sont souvent soutenus par des membres de ces communautés qui cherchent à se protéger. Pourtant, la plupart des citoyens ordinaires ne sont pas impliqués dans la planification, l’organisation, la direction, l’incitation ou la perpétration de la violence. Nous ne pouvons donc pas attribuer cette violence à des « groupes ethniques » au sens large. 

Plus important encore, nous devons identifier et analyser quand, pourquoi et comment les conflits deviennent violents. Comme le montre un vaste ensemble de recherches, la violence qualifiée d' »ethnique » est souvent motivée par une série d’autres motifs et objectifs, notamment les conflits interpersonnels, la concurrence économique et politique et les litiges concernant les terres et autres biens. 

Un autre problème avec le récit des « conflits ethniques » est qu’il suppose qu’il y a deux blocs homogènes : les Banyamulenge et les groupes se disant « autochtones ». Pourtant, ces groupes ont eux-mêmes de nombreuses divisions internes, qui se reflètent dans la pléthore de groupes armés liés à l’un ou l’autre côté. 

Il existe au moins trois groupes armés banyamulenge : les Twirwaneho, une coalition de milices locales qui développe également une branche politique ; les Gumino, dirigé par Shaka Nyamusharaba ; et un groupe armé commandé par le déserteur des FARDC Michel Rukunda, alias « Makanika », qui compte dans ses rangs de nombreux jeunes Banyamulenge de la diaspora régionale (Kenya, Rwanda, Burundi). Les groupes armés liés aux Babembe, Bafuliiru et Banyindu sont encore plus nombreux. Ils comprennent les Maï-Maï d’Ebuela Mtetezi, qui regroupent des commandants Bembe qui avaient auparavant leurs propres groupes, tels que Aoci et Ngyalabato ; les Maï-Maï Mulumba ; les Maï-Maï « Mupekenya » sous le commandement de Kati Malisawa, et une série de groupes essentiellement Fuliiru et Nyindu opérant sous le label « Biloze Bishambuke ». Ces derniers comprennent les groupes d’Ilunga, de Kashomba, de Mushombe et, dans la région de Minembwe, ceux dirigés par Luhala Kasororo et Assani Malkiya. 

Ces groupes armés opèrent au sein de larges coalitions, mais il y a régulièrement des tensions et parfois même des affrontements entre des groupes supposés être du même côté. Par exemple, le 2 août, les Biloze Bishambuke, sous le commandement d’Ilunga, ont affronté les troupes de Kati Malisawa près du village de Maheta, prétendument en raison d’une dispute concernant du bétail volé. Cela indique que certains chefs de groupes armés, et les acteurs politiques qui contribuent à les mobiliser et à les soutenir, ont également d’autres objectifs que la protection de leurs communautés. Ils aspirent souvent à renforcer leur propre influence politique et économique et certains ont des aspirations politiques nationales. Cela affaiblit encore l’argument selon lequel la violence est principalement motivée par un « conflit ethnique ». 

  1. La violence sur les Hauts Plateaux est liée à la création de la commune rurale de Minembwe 

Une autre explication fréquente de la violence, qui est étroitement liée au récit du conflit ethnique, est qu’elle découle de la création de la « commune rurale » de Minembwe – une entité de gouvernance locale décentralisée. La commune est devenue opérationnelle au début de 2019, à la suite de décrets publiés en 2013 et 2018, et de la nomination de ses dirigeants en février 2019. 

La commune est sans aucun doute une source de conflit. Elle est située sur le territoire de Fizi, sur des terres que les membres de la communauté Babembe considèrent comme les leurs. Ils considèrent donc la création de la commune comme un empiètement ou une occupation de leurs terres ancestrales. Certains ont également contesté la désignation du maire, qui est Munyamulenge. Mais surtout, la création de la commune est considérée comme la première étape de la résurrection du territoire (entité administrative sous-provinciale) de Minembwe.

Pendant la seconde guerre du Congo, l’administration rebelle du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), soutenu par le Rwanda, a créé le territoire de Minembwe, qui comprenait une grande partie des Hauts Plateaux et des Moyens Plateaux adjacents. Ce territoire répondait à un souhait de longue date des Banyamulenge, à qui les autorités coloniales avaient refusé une chefferie ou un groupement – des entités de gouvernance locale généralement formées selon des lignes ethniques. En conséquence, ils ont été soumis à la domination de chefs coutumiers d’autres communautés. Le territoire, où ils dominaient l’administration, a résolu ce problème. De plus, en prévision des futures élections, le territoire, qui est une circonscription électorale, aurait permis aux Banyamulenge d’accroître leur représentation politique au parlement. Etant minoritaires dans chacun des trois territoires qui composent les Hauts Plateaux, ils avaient eu des difficultés à faire élire leurs candidats. Enfin, le territoire a rapproché l’administration locale des habitants de cette région isolée, leur permettant d’y obtenir des actes de naissance et autres documents officiels. 

La création du territoire – qui a été officiellement abolie en 2007 – a été fortement contestée par d’autres groupes, qui y ont vu une rupture avec leurs terres ancestrales. En outre, elle semblait confirmer une théorie du complot selon laquelle les Banyamulenge seraient à l’avant-garde d’une invasion étrangère tentant d’exproprier et de déplacer les groupes « autochtones » et d’usurper leur autorité locale. Les membres de ces groupes ont donc un mauvais souvenir du territoire de Minembwe. En outre, elle a provoqué des conflits de leadership, parfois toujours en cours aujourd’hui. De nombreuses personnes anciennement nommées ont continué à se comporter comme des autorités locales de facto, même si elles n’occupent plus de poste officiel. 

Pour ces raisons, le territoire de Minembwe a une fonction hautement symbolique, en tant que marqueur de division et de violence. La commune rurale évoque des sentiments forts similaires, étant profondément inscrite dans les luttes autour de l’autorité et de l’identité locales. Elle est également devenue une affaire politique nationale. Si d’éminents dirigeants banyamulenge – dont Azarias Ruberwa, actuellement ministre de la Décentralisation – soutiennent la commune, de nombreux hommes politiques bembe, fuliiru et nyindu, comme Pardonne Kaliba, l’ont dénoncée. La commune a également suscité un débat animé parmi les Congolais de la diaspora. 

Pourtant, la violence sur les Hauts Plateaux, ainsi que l’émergence de la plupart des groupes armés impliqués dans les combats actuels, sont antérieurs à la création de la commune. La violence sur les Plateaux est fréquente depuis 1996. Le cycle actuel a commencé en 2016 et s’est intensifié à la mi-2018. Cette escalade s’est d’abord produite dans le groupement de Bijombo. Ce groupement n’est pas inclus dans la commune rurale, dont la surface est beaucoup plus petite que le territoire (aboli) de Minembwe. Bijombo a également une dynamique de conflit distincte. Cette dernière tourne dans une large mesure autour du poste de chef de groupement – pour lequel il existe de multiples prétendants liés à différents groupes ethniques. Un autre site de violence importante est la région d’Itombwe, qui n’est pas non plus incluse dans la commune. 

En résumé, même si elle est une source importante de conflit et figure en bonne place dans les discours des belligérants, la commune n’est qu’un des nombreux facteurs des combats actuels. Elle n’explique pas pourquoi et quand des groupes armés sont apparus sur les Plateaux et qui ils ciblent par leur violence.

  1. La violence sur les Hauts Plateaux est le résultat d’une ingérence étrangère

Comme le montrent notamment le Groupe d’experts des Nations unies sur la RDC et RFI, les coalitions de belligérants qui combattent sur les Plateaux comprennent des groupes armés étrangers, notamment les groupes burundais Résistance pour un état de droit au Burundi (RED-Tabara) et Forces nationales de libération (FNL), ainsi que le Rwanda national congress (RNC). Ils ont parfois aussi inclus des soldats liés aux gouvernements des pays voisins, qui ont en outre accueilli des réseaux de recrutement et d’approvisionnement. Dans le même temps, l’Est de la RDC a connu plusieurs guerres déclenchées par des ingérences étrangères. Il est donc facile de conclure que les troubles sur les Plateaux résultent d’une nouvelle ingérence. 

Pourtant, cette explication passe sous silence les nombreux conflits autour de l’autorité locale mentionnés ci-dessus. Elle néglige également le rôle des acteurs politiques provinciaux, nationaux et de la diaspora dans le soutien à la mobilisation armée et à la polarisation. En outre, le langage de « l’ingérence étrangère » est quelque peu trompeur. Il laisse entendre que tout le pouvoir réside du côté des forces étrangères, qui manipulent les intermédiaires congolais comme ils l’entendent.

Cette lecture néglige le fait que les chefs des groupes armés et les acteurs politiques congolais disposent d’une importante marge de manœuvre quant aux forces étrangères avec lesquelles ils s’allient. Des changements occasionnels dans ces alliances témoignent de cette autonomie. Ces changements montrent également que de telles alliances sont mutuellement bénéfiques. Grâce à leurs alliés étrangers, les groupes congolais gagnent en capacités militaires, par exemple, en acquérant des armes lourdes. Cela permet à ces groupes de mieux faire valoir leur position dans les conflits autour de l’autorité locale et de l’accès aux ressources. Ainsi, l’implication d’acteurs étrangers ne peut être considérée indépendamment des dynamiques locales de conflit et de violence ; elles sont imbriquées et se renforcent mutuellement. Cela dit, l’ingérence étrangère a clairement contribué à une escalade significative de la violence, même si elle n’en est pas la cause. 

Quelle est donc la racine de cette terrible violence ? Il existe un certain nombre de mécanismes qui s’imbriquent les uns dans les autres. Tout d’abord, le récit de la « violence ethnique » est devenu une prophétie qui se réalise d’elle-même : tous les types de conflits et d’incidents de violence sont vus principalement à travers un prisme ethnique, même si d’autres facteurs sont également à l’œuvre. Cela active un deuxième mécanisme, qui est l’attribution de la responsabilité collective pour des actes de violence individuels. En conséquence, les civils sont attaqués en représailles des violences commises par les groupes armés. Ce brouillage des frontières entre les groupes armés et les civils est un facteur important des cycles de violence par vengeance. L’impunité généralisée a encore aggravé cette situation : les auteurs individuels n’étant pas tenus de rendre des comptes, la responsabilité est reportée sur les groupes dans leur ensemble. 

Un autre mécanisme clé est la militarisation, ou la tendance des dirigeants locaux et des élites politico-militaires à recourir à la force afin de gagner du terrain dans les conflits et les luttes de pouvoir. Cela n’implique pas seulement les politiciens, les hommes d’affaires et les chefs militaires en RDC, mais aussi les acteurs gouvernementaux et d’autres élites au niveau de la région des Grands Lacs. 

L’émergence et la persistance de groupes armés ne sont cependant pas seulement le résultat de la militarisation : elles découlent également de dilemmes sécuritaires locaux liés à la méfiance mutuelle entre les communautés. La présence de groupes armés considérés comme défendant des communautés ethniques particulières incite les membres d’autres communautés à soutenir également les groupes armés. La même logique pousse ces groupes armés à maintenir un équilibre militaire du pouvoir, ce qui motive des attaques visant à affaiblir l’ennemi. Les dilemmes locaux en matière de sécurité reposent essentiellement sur un manque de confiance généralisé dans les forces de sécurité de l’État, qui sont accusées de partialité par toutes les parties. Il est également enraciné dans une histoire de violence remontant aux guerres du Congo, qui a instillé de l’amertume et une profonde méfiance entre les différents groupes. 

Ces divers mécanismes se jouent à différents niveaux et se renforcent mutuellement. Par exemple, l’implication d’acteurs armés étrangers est en partie le résultat des stratégies des politiciens et des chefs militaires opérant au niveau national. Une fois présentes, ces forces étrangères exacerbent les dilemmes de sécurité locale et les conflits autour de l’autorité et des ressources locales. De cette manière, les dynamiques de conflit et de violence à différents niveaux s’entremêlent. Les explications monocausales, comme le trope paresseux de la « violence ethnique » ne rendent pas justice à cette complexité. En fait, elles peuvent exacerber la situation. Elles essentialisent encore plus les identités et légitiment l’attribution de la responsabilité de la violence des groupes armés aux communautés civiles. En décrivant la violence dans l’Est de la RDC, nous devons donc nous efforcer de trouver un langage analytique adéquat. 

“Balkanisation”, tensions régionales ou faiblesse de l’Etat : les vraies menaces sur la stabilité des Kivus

Un camp des FARDC (armée congolaise) près de Kibumba (Nord-Kivu) pendant la crise du Mouvement du 23 mars (M23) en 2012 (UN Photo/Sylvain Liechti)

La scène s’est produite à Baraka, au Sud-Kivu, le 17 janvier. Un jeune militant de la plateforme d’opposition congolaise Lamuka, coiffée d’un bandeau blanc, harangue la foule et déborde de haine. Il donne 48 heures aux Banyamulenge pour quitter le pays, ordonne de chasser les récalcitrants par la force et menace tous ceux qui aideront ou  logeront les membres de cette minorité congolaise rwandophone.

Est-ce un hasard ? Ce dérapage s’est produit à l’issue d’une manifestation nationale à l’appel de l’opposition contre la « balkanisation » du pays. En RD Congo ce terme désigne la crainte, très répandue, qu’il existerait un complot des Etats voisins, en association avec certaines communautés présentes sur le territoire congolais, pour annexer ses riches territoires de l’Est. Selon cette théorie, ces Etats enverraient clandestinement leurs ressortissants en RD Congo pour préparer cette annexion. Le plus souvent, ce sont les communautés tutsies de la région, et en particulier celle du Rwanda, qui sont désignés comme étant les comploteurs.

Ce thème, qui revient régulièrement dans le débat congolais, a été renforcé dans les années 1990 et 2000, par l’occupation de grandes parties du territoire congolais par des rébellions en partie dirigées par des membres des communautés congolaises rwandophones, et soutenues par l’Ouganda (RCD/K-ML) et le Rwanda (RCD-Goma).

Ces dernières semaines, il connait un regain de popularité, notamment depuis un point de presse du cardinal Fridolin Ambongo, plus haute autorité catholique du pays, lors d’une visite à Beni. Lors de ce discours, il a en effet affirmé que les massacres qui touchent ce territoire depuis novembre étaient « planifiés » avec pour « objectif […] la balkanisation de notre pays ». « Cela se vérifie à travers le remplacement de la population déplacée par des populations généralement rwandophones et ougandophones », a-t-il ajouté, dénonçant le « déversement » de populations par les pays voisins, dont l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi.

Malgré les précautions oratoires du prélat, qui a notamment confirmé la nationalité congolaise de certaines communautés rwandophones, dont les Banyamulenge, la diffusion de cette thèse pourrait renforcer la défiance contre ces minorités. Plusieurs messages haineux, comparables à ceux de Baraka, ont en en effet circulé sur les réseaux sociaux tout au long du mois de janvier.

Ces suspicions ont également été alimentées par les propos maladroits de Vital Kamerhe, le directeur de cabinet du président, présent Rwanda le 4 janvier pour le mariage d’un fils de l’ancien ministre rwandais de la défense James Kabarebe. Ce dernier a en effet dit offrir 30 vaches pour « consolider les relations » entre le Rwanda et le « Kivu », comme si les provinces de l’Est de la RD Congo constituaient une entité séparée du reste du pays.

L’opposant et candidat à la dernière élection présidentielle Martin Fayulu, qui utilise la rhétorique de la balkanisation depuis plusieurs années, a profité de ce contexte pour réitérer ses propos, accusant même publiquement le président Félix Tshisekedi et son prédécesseur, Joseph Kabila, de poursuivre ce projet. En privé, il affirme même que Félix Tshisekedi chercherait à mener la « balkanisation » à son terme en complicité avec le président rwandais Paul Kagame.

Ce thème, qui offre une explication simple à des problèmes complexes, rencontre en tout cas un réel succès populaire. Et les affrontements intenses, qui ont notamment touché trois zones de l’Est Congolais ces derniers mois, ont notamment contribué à renforcer sa popularité.

Ceux du territoire de Beni, tout d’abord, cités par Mgr Ambongo à l’appui de son discours. Deux cent soixante-cinq civils y ont été tués principalement par la mystérieuse rébellion islamiste d’origine ougandaise des Forces démocratiques alliées (ADF) depuis novembre, selon le dernier décompte du Baromètre sécuritaire du Kivu (KST). Ce mode opératoire, particulièrement brutal et difficilement compréhensible, a de fait, abouti à des déplacements internes de civils fuyant les massacres.

Celui des hauts-plateaux de Fizi et Uvira, ensuite. Des groupes armés issus des communautés locales Banyindu, Babembe et Bafuliru y contestent la création de la commune rurale de Minembwe, située dans une zone majoritairement Banyamulenge. Des violences, contre les civils et des vols de bétail, y ont notamment été commises. Dans le même temps, des groupes armés banyamulenge, prétendant défendre leur communauté, ont également commis des violences contre des civils. De nombreux villages ont été brûlés au cours de cette crise qui a amené, là aussi, à des déplacements de population. La défection du colonel de l’armée congolaise Michel Rukunda, alias Makanika, (un munyamulenge) début janvier, est venu accréditer l’idée qu’une vaste rébellion banyamulenge serait en gestation. C’est « l’expansionnisme Banyamulenge », assure ainsi un responsable politique de la ville de Bukavu au KST.

Le troisième conflit alimentant les suspicions est celui déclenché fin novembre par l’armée congolaise pour déloger la rébellion hutu rwandaise du Conseil national pour le renouveau et la démocratie (CNRD) du territoire de Kalehe. Comme dans le territoire de Rutshuru les mois précédents, de nombreuses sources locales contactées par le KST ont rapporté la présence de soldats du gouvernement rwandais sous uniforme congolais. Selon plusieurs d’entre elles, des habitants effrayés ont alors déserté les villages de Kigogo et Kasika.

Mais ces trois situations semblent en réalité obéir à des logiques locales différentes et il paraît difficile d’y voir un plan concerté à l’échelle régionale.

Dans le territoire de Beni, les ADF, sont arrivés il y a près de 25  ans avec l’objectif de lutter contre le pouvoir de Kampala. Ils ont tissé des relations avec des communautés locales et ont notamment tiré profit de leurs conflits, selon les recherches du Groupe d’étude sur le Congo (GEC). Ce groupe pourrait avoir, dans une certaine mesure, des ambitions territoriales, mais il paraît difficilement imaginable qu’elles puissent un jour aboutir à la reconnaissance internationale d’un Etat indépendant ou à un rattachement à l’Ouganda.

Pourtant, dans son discours du 3 janvier, Mgr Ambongo a affirmé que des « immigrés rwandais chassés de Tanzanie il y a quelques années » ont été « déversés » dans les zones vidées de leur population par les massacres. Il s’agit d’une référence aux migrations de populations hutues qui ont quitté ces dernières années des territoires congolais de Masisi et Lubero vers la province de l’Ituri, et qui ont transité par Beni. L’ampleur et l’actualité de ces migrations restent toutefois difficiles à évaluer. Elle ne semblent, en tout cas, ne concerner que très marginalement les zones urbaines du territoire de Beni cible principale des massacres récents.

Sur les hauts plateaux de Fizi et Uvira, ensuite, les groupes armés banyamulenge paraissent affaiblis, divisés, et pourraient très difficilement avoir les moyens de projets indépendantistes. Le profil du colonel renégat, Makanika, cadre par ailleurs mal avec l’idée que les groupes armés banyamulenge seraient complices du Rwanda. Makanika a, au contraire, pris part à de nombreuses rébellions contre Kigali dans les années 2000, et il était encore décrit en 2013 comme « fermement opposé au Rwanda ». Plusieurs membres de la société civile banyamulenge expriment en outre de la défiance vis-à-vis du Rwanda, affirmant notamment que les rébellions et groupes mai-mai qui les menacent sont soutenues par Kigali, qui chercherait ainsi de les punir d’avoir abrité en leur sein une rébellion rwandaise : le Congrès national rwandais (RNC).

De plus, malgré de nombreuses rumeurs, peu d’officiers congolais semblent avoir suivi les traces Makanika. Il a certes été rejoint par d’anciens militaires revenus de l’étranger, comme Gakunzi Masabo et Alexis Gasita dans son fief de Kajembwe. Mais la plupart des leaders militaires banyamulenge actifs dans l’armée congolaise, comme Masunzu, Venant Bisogo, et Mustafa, sont actuellement stationnés très loin du front, dans l’ouest du pays. L’ancien chef rebelle Richard Tawimbi se trouve lui aussi, dans la capitale congolaise. Et les autres officiers banyamulenge sont étroitement surveillés par leurs collègues. Trois officiers banyamulenge soupçonnés de vouloir faire défection – le lieutenant-colonel Joli Mufoko Rugwe, le major Sébastien Mugemani et le sous-lieutenant Aimable Rukuyana Nyamugume – sont ainsi aux arrêts depuis plusieurs mois au camp Saïo à Bukavu, selon une source militaire et une source de la société civile locale.

Dernier territoire où la réalité de terrain correspond mal à la théorie de la balkanisation : celui de Kalehe. Plusieurs sources des autorités coutumières locales, onusiennes, diplomatiques et militaires congolaises, ont, il est vrai, confirmé au KST la présence d’éléments des Forces de défense rwandaises (RDF) lors de l’offensive contre le CNRD. Les estimations de leur nombre divergent considérablement, de quelques officiers de renseignement à plusieurs bataillons. Mais selon une source militaire congolaise, qui affirme avoir été présente lors de l’arrivée discrète d’un bataillon rwandais, ces opérations sont ponctuelles et acceptées par le président Félix Tshisekedi. Elles n’auraient été dissimulées que par crainte d’une réaction hostile des habitants. Surtout, plutôt que de « déverser » des populations rwandophones en RD Congo, elles ont abouti au contraire au rapatriement de près de 2500 membres rebelles rwandais du CNRD (combattants et familles) de la RD Congo vers le Rwanda.

La théorie de la balkanisation décrit donc mal les conflits divers qui touchent les Kivus. Contrairement à la situation des années 2000-2013, aucune rébellion rwandophone congolaise ne semble en réalité être soutenue par le Rwanda actuellement.

Cela ne signifie pas, pour autant, que la situation actuelle soit rassurante. Des dizaines de milliers de Congolais de l’Est vivent dans des territoires sous contrôle de plus d’une centaine de groupes armés et échappent, de fait, à la souveraineté de Kinshasa. Plus qu’un plan régional concerté entre Etats voisins pour dépecer la RD Congo, ce sont les tensions entre ces mêmes états, conjugués à la faiblesse des autorités congolaises, qui paraissent menacer la stabilité des Kivus.

L’Ouganda et le Burundi d’une part, et le Rwanda d’autre part, s’accusent en effet mutuellement de soutenir des groupes dissidents dans l’Est du Congo et n’hésitent pas à les combattre, soit directement, soit par l’intermédiaire de groupes alliés.

Kigali a notamment accusé le Burundi et l’Ouganda de soutenir le RNC, ce qui a été en partie confirmée par le groupe d’expert de l’ONU pour la RDC. Le RNC a toutefois été considérablement affaibli dans des conditions mystérieuses en 2019 : il ne dispose de moins d’une cinquantaine d’homme près du village de Miti, selon une source des renseignements de la Monusco et une source de la société civile.

Plusieurs attaques, menées à partir du territoire congolais, ont en outre touché le Burundi et le Rwanda ces derniers mois. Ce fut le cas de l’attaque de Kinigi au Rwanda le 6 octobre attribuée par Kigali à la rébellion hutu rwandaise du Rassemblement pour l’unité et la démocratie (RUD) qui serait soutenue par l’Ouganda. Puis de celle du 22 octobre à Musigati, au Burundi, revendiquée par les RED-Tabara, un groupe rebelle burundais opérant au Sud-Kivu. Le 16 novembre enfin, le Burundi a subi une nouvelle attaque, à Mabayi, pour laquelle le président burundais a accusé le Rwanda.

Par ailleurs, plusieurs rébellions burundaises hostiles au gouvernement de Gitega sont présentes dans le Sud-Kivu, comme les RED-Tabara, le Frodebu ou encore les FNL. Selon une source militaire congolaise et un rapport des experts de l’ONU, le RED-Tabara, notamment, a été soutenu par Kigali ces dernières années. Par ailleurs, les Forces de défense nationale du Burundi (FDN) et les milices Imbonerakure (proche du pouvoir de Gitega) font régulièrement des incursions en RD Congo, notamment selon les rapports du groupe d’experts de l’ONU sur la RDC et des responsables sécuritaires interrogés par le KST. Certains membres des autorités burundaises soutiendraient par ailleurs plusieurs groupes armés congolais, comme les Mai-mai Mbulu, dans la plaine de la Ruzizi, probablement pour prévenir l’éventualité d’une attaque sur leur sol.

Si l’élection présidentielle burundaise, prévue pour le mois de mai, devait provoquer une contestation violente comparable à la précédente, en 2015, le Sud-Kivu pourrait redevenir un champ de bataille. Cela ne signifierait pas, pour autant, que la « balkanisation » du pays soit en marche.